L'Association de Réflexion et de Recherche Clinique en Psychomotricité de Lyon et sa Région vise à promouvoir la recherche clinique en psychomotricité par divers moyens notamment : l’organisation de séminaires, colloques, groupes de réflexion. Soutenir des projets individuels ou collectifs de recherche sur la clinique psychomotrice, favoriser et/ou rechercher la collaboration avec des structures à même d’apporter une contribution directe ou indirecte au but poursuivi par l’association et tout particulièrement avec l’Institut de Formation en Psychomotricité de Lyon.
Elle s’adresse à tout psychomotricien désireux d’engager un travail d’approfondissement théorico-clinique, quel que soit son champ d’exercice professionnel ou son référentiel théorique et clinique.
Susciter les échanges, favoriser le débat entre psychomotriciens, soutenir la réflexion et la recherche à propos de la pratique, telles sont les ambitions de l’ARRCP Lyon et région. Dans cet objectif, l’association mise sur l’engagement de ses membres dans une démarche qui consiste à se confronter aux difficultés et aux doutes rencontrés dans la clinique, à approfondir ses intuitions cliniques, à les arrimer à des concepts théoriques, à transmettre et discuter les résultats de ses travaux.

jeudi 4 juin 2020

À paraître : Les Sens du geste. Dyspraxie, troubles de la coordination et psychomotricité - Roland Obéji




LES SENS DU GESTE
Dyspraxie, troubles de la coordination et psychomotricité


Roland Obéji
Collection Cliniques Psychomotrices

Sous la direction de Jérôme Boutinaud et Fabien Joly

Comment faire corps avec ses gestes ? Et qu’en est-il lorsque le geste crée du trouble plutôt que du sens ?
 
Faire corps avec ses gestes. Faire lien, faire utile et beau… Faire sens avec ses gestes, voilà tout ce qui nous est offert dès la naissance. Mais qu’en est-il lorsque les gestes ne trouvent pas leur adresse ? Qu’en est-il lorsque le geste crée du trouble plutôt que du sens ?
La dyspraxie est par définition ce qui va mettre en échec la possibilité d’instrumenter son geste pour comprendre et agir sur son environnement, sur l’autre. Lorsque le geste, en attente d’instrumentation, reste en désordre, le trouble règne.
Ce trouble semble s’être emparé des chercheurs autant qu’il perturbe l’enfant.
 
Depuis plus d’un siècle maintenant, les définitions, dénominations et explications se multiplient : entre volonté de circonscrire la dyspraxie – afin de la comprendre, au risque de la réduire – et vulgarisation consensuelle – afin qu’elle soit reconnue par le plus grand nombre.
Comment appréhender le trouble du geste ? Comment le comprendre sans le dénaturer ? Le parti pris de ce livre est de réinscrire le geste de l’enfant dans ses dimensions motrices et fonctionnelles, mais aussi dans ses dimensions messagères et relationnelles.
Dans cette perspective, le geste, à la fois instrument d’action et de perception du monde, est aussi porteur d’une multiplicité et d’une diversité de sens, qui, intégré au lien à l’autre permet peut-être d’en approcher son essence.

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ISBN : 978-2-84835-583-2
Prix : 20 €
192 pages
Format : 13,8 x 20,5 cm
À paraître le 10 juin 2020
 

L'AUTEUR :

Roland Obéji 
est psychomotricien en SESSAD et CMPP à Saint-Étienne, président de l’ARRCP Lyon, chargé d’enseignement à l’IFP Université Lyon 1.

LES DIRECTEURS DE COLLECTION :

Jérôme Boutinaud est psychomotricien, psychologue, psychothérapeute, maître de conférences en psychologie, Université Paris 5-SPC, membre titulaire du laboratoire PCPP (Psychologie clinique, psychopathologie, psychanalyse-EA 4056), membre de l’association «Corps et Psyché»

Fabien Joly est psychologue clinicien, psychanalyste, psychomotricien, docteur en Psychopathologie et Psychanalyse (Dijon), membre titulaire de la SFPEADA, membre de la CIPPA, président de l’Association «Corps et Psyché», vice-président du «C.E.P. de Bourgogne», comité de direction du Journal de la Psychanalyse de l’Enfant
 

 

 

DANS LA MÊME COLLECTION : 

 
 
L'ADOLESCENT, SON CORPPS, SES "EN JEUX" :
Point de vue psychomoteur
 
 
Sous la direction de Catherine Potel, avec la collaboration de Jean José Baranes
                                       
ISBN : 978-2-84835-447-7
Prix : 20€
 336 pages
Format : 14 x 20,5 cm
Paru en 2018
 
 
En savoir plus
 
THÉRAPIES PSYCHOMOTRICES :
10 cas cliniques commentés
 
Sous la direction de Jérôme Boutinaud, avec la contribution de Fabien Joly

                                          
ISBN : 978-2-84835-445-3
Prix : 19€
250 pages
Format : 14 x 21 cm
Paru en 2017
 
En savoir plus
 
L'ENFANT AUTISTE ET SON CORPS
Approche psychomotrice de l'autisme infantile
 
Sous la direction de Fabien Joly, Préface de Pierre Delion

                                           
ISBN : 978-2-84835-350-0
Prix : 19€
250 pages
Format : 14 x 21 cm
Paru en 2016

 
 
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lundi 4 mai 2020

Annulation du Dernier Café Psychomot' de la saison 2019/2020



Bonjour à toutes et à tous,

En premier lieu nous vous espérons en bonne santé et en forme malgré ce virus et le confinement.
Nous avons pris le temps de réfléchir et d'attendre les dernières avancées gouvernementales afin de voir ce que nous pouvions faire pour le prochain, et dernier, café psychomot' de la saison.

Nous sommes contraint·e·s et désolé·e·s de devoir l'annuler. 
Ne sachant pas quand nous pourrons nous retrouver, en groupe, dans un café, nous ne pouvons vous proposer une nouvelle date pour le moment. Dans l’attente, vous pouvez consulter notre nouveau site internet : www.arrcp.fr
Nous vous tiendrons informé·e·s dès que nous le pourrons sur la saison à venir mais d'ici là prenez bien soin de vous !

Pour l'ARRCP,
Marème DIOP, Mathieu DUCHENE, Natacha VIGNON et Lison GILARDOT

Un aperçu du Café Psychomot' du 18 février 2020



Après le 1er café autour du bilan psychomoteur, nous avions envie d’aller voir du côté des cliniques n’entrant pas dans les cotations. C’est pourquoi nous souhaitions entendre une psychomotricienne à la pratique singulière. Cécile MOTTET travaille dans un centre de rééducation fonctionnelle accueillant des enfants traumatisés crâniens ainsi que des enfants grands brûlés de 0 à 18 ans. La structure était initialement installée avec le service adulte et imprégnée d’une culture de soin ancienne de 20 ans. Après un déménagement, le nombre de kinésithérapeutes a réduit laissant une place plus grande aux psychomotriciens et aux neuropsychologues. Si Cécile et sa collègue psychomotricienne sont bien installées dans le service de neurologie, elles estiment que leurs interventions pourraient être plus pertinente dans le service des grands brûlés. De nombreux questionnements émergent à travers leur pratique : comment travailler de manière plus efficace en tant que psychomotricien ? Comment préparer la sortie des patients alors que le rapport au corps et à l’Autre sont encore compliqués ? Pourquoi ne pas intervenir au démarrage de l’histoire de la brûlure/ plus précocement auprès des patients grands brûlés ?
Pour démarrer, Cécile revient sur les lectures qu’elle nous a proposées. A travers le 1er article, sur la pensée-pansement, Cécile voulait nous offrir un aperçu du contexte d’hospitalisation très particulier des personnes brûlées. Elle complète en expliquant que l’hospitalisation a lieu en période de greffe de peau. Le greffon est prélevé sur la peau saine donc plusieurs parties du corps sont concernées au-delà des régions brûlées. Elle ajoute que le travail avec les enfants se poursuit jusqu’à la fin de leur croissance car le greffon grandit. Ainsi, les appareils se combinent et se succèdent, rendant majeure la place de la psychomotricité auprès de ces enfants. Par ailleurs, elle insiste sur la fonction de holding des soignants qui, de par leurs connaissances et leur expérience des personnes brûlées, portent l’enfant et ses parents encore sidérés. Le 2ème article traite de la question de l’image du corps et de son évaluation, venant soutenir le propos que Cécile compte développer ensuite.

Cécile nous rappelle les incidences physiologiques de la brûlure sur la peau. En effet, cette dernière a un rôle majeur : homéostasie, barrière et interface entre le dedans et le dehors, régulation de la température corporelle grâce à la sudation. Quand la peau est brûlée, toutes ces fonctions sont touchées. L’enfant est immobilisé pour limiter les variations de températures puisque la sudation ne se fait pas, étape compliquée pour l’enfant qui reste difficilement raisonnable. Par ailleurs, l’histoire de la brûlure est différente entre l’adulte qui s’immole et l’enfant pour qui l’incident fait rupture dans le quotidien. Quelle que soit son origine, cet événement marque une rupture temporelle dans le quotidien. Par la suite, la temporalité psychique de l’enfant est difficilement respectée lors de l’hospitalisation ainsi qu’au centre de rééducation fonctionnelle. La notion de survie de la peau à tout prix est profondément inscrite dans la culture de soin des brûlés et l’enfant subit la greffe même s’il n’est pas prêt. Par ailleurs, la greffe nécessite des modifications corporelles importantes pour produire des greffons, engendrant des sortes de monstruosités médicales (ballon pour faire croître la peau par exemple).
Cécile rappelle que le monde de la brûlure est violent et qu'il sidère émotionnellement les parents et leur enfant. Ainsi, pour Cécile, le bilan permet de voir comment l’enfant investi ce corps-là, mais également de se rencontrer. Elle cherche à savoir comment il raconte son histoire, celle de son hospitalisation, de ses soins, de sa famille. Ainsi, le bilan n’a pas vocation à coter. De plus, l’appareillage ne permet pas toujours la réalisation des épreuves et les psychomotriciennes ne peuvent pas, et ne veulent pas, le retirer car il fait partie du quotidien. Les psychomotriciennes utilisent le dessin du bonhomme pour se rendre compte d’où se situe l’enfant par rapport à la sensorialité et la différenciation dedans/dehors. Le récit autour du dessin est tout aussi important que le dessin en lui-même. En effet, Cécile nous explique que les enfants brûlés présentent très souvent un imaginaire pauvre mais une très bonne connaissance physiologique du corps. Néanmoins, la sensorialité, les perceptions et la sensori-motricité sont mises à mal. Ainsi, comment évaluer la sensorialité chez des enfants qui ne peuvent pas s’appuyer sur leur sens et notamment la vue et l’odorat ? Quel référentiel utiliser pour rendre compte d’un éventuel retard psychomoteur sans notions de la trajectoire développementale de l’enfant avant la brûlure ? Par ailleurs, le retrait de l’appareillage induit des modifications dans la gestuelle et une perte de repères. Cécile rapporte l’exemple d’un enfant qui marche encore de côté une fois l’appareillage retiré. Aussi, l’appareillage peut faire office de carapace protectrice à l’image de ces robots-carapaces dans les mangas japonais.
Pour les enfants de 7 à 18 ans, la sidération émotionnelle est importante et cela se raconte dans les yeux des parents. Souvent les psychomotriciennes sont sollicitées quand cette sidération ne parvient pas à se penser. D’autre part, la question de l’extérieur arrive rapidement quand il faut raconter l’histoire de la brûlure en dehors du centre. Si l’enfant est confronté à des professionnels qui ont une expérience et une habitude des brûlures le regard est différent à l’extérieur du centre. Cela engendre souvent une forte compliance aux soins car les enfants se sentent bien au centre.
Cécile nous présente ensuite une vignette clinique. Les kinésithérapeutes la sollicitent au sujet d’une adolescente brûlée à 60%, principalement sur la partie antérieure du corps. Ils massent à deux, pendant une heure, une adolescente qui semble absente et cela est « étrange ». Cécile vient donc observer ce temps de massage durant lequel les professionnels semblaient masser un mort. A l’issue de ce temps, Cécile débute des séances de psychomotricité. Durant leurs rencontres, l’adolescente ne parvient pas à se raconter à travers le conte de la fourmi. Le dessin du bonhomme est très sommaire. Cécile engage un travail sur les appuis à partir des pieds, parties encore saines. Progressivement, l’adolescente parvient à raconter une histoire et à se penser dans un avenir.
Pour conclure sur son intervention, Cécile partage ses interrogations. Quel serait l’intérêt de coter pour ces enfants ? Pourquoi répertorier les difficultés de l’enfant alors qu’il est encore appareillé ?
Une évaluation globale est réalisée tous les 3 à 6 mois ce qui laisse peu de temps pour faire un bilan psychomoteur ainsi que le compte-rendu. La synthèse est somatique et cherche à savoir si l'enfant est « opérationnel ». Cécile interroge sur l'évolution émotionnelle de l'enfant, sa motricité faciale et ses mimiques : l’enfant a-t-il pu s’imprégner de la gestion et l’expression de ce qu'il vit émotionnellement ? Peut-il se réapproprier ses représentations d’avant et les réutiliser ? Par ailleurs, les enfants sortent toujours appareillés. Il n’est donc pas pertinent d’évaluer et elle n’en a pas l’envie. Selon elle, l’action qu’elle doit mener se situerait plutôt autour de la séparation avec les parents, du vécu corporel autour de la peau, de l’aspect fonctionnel du corps et la possibilité de jouer avec la pensée à défaut de pouvoir jouer avec son corps. Ainsi, l’efficience des coordinations lui importe peu car il s’agit plutôt d’être bien dans son corps alors que la limite, la peau, a brûlé. Car quand la limite brûle c’est presque le dedans qui est attaqué donc le sujet.
Cécile est interrogée sur l’impact du suivi psychomoteur sur la prise en charge en kinésithérapie pour l’adolescente. Cécile rapporte que cette intervention a pu soulager les professionnels qui ont arrêté de parler à tout prix avec la patiente. L’aspect très protocolaire de leur massage les mettait déjà assez en difficulté. Aussi, ils étaient rassurés de savoir que  la patiente disposaient d’un espace où sa sidération émotionnelle était considérée et, pour leur part, leur vécu des séances entendu. Néanmoins, un questionnement demeure pour Cécile concernant la temporalité de son intervention, parfois très tardive. Selon, Pascale, la patiente fait passer un message en se taisant et les kinésithérapeutes le relaient à Cécile. Peut-être qu’une intervention plus précoce n’aurait pas été dans la bonne temporalité pour cette patiente qui reprenait parole. Cécile ajoute que le kinésithérapeute s’attelle à la survie de la peau quand le psychomotricien se préoccupe de ce qui est épargné, ce qui vit encore, pour reconnecter le sujet avec son passé. Cette notion de temporalité fait réagir sur la fonction du miroir présentée dans l’un des articles. Quand venir avec notre miroir pour donner une forme à la représentation du corps ? Selon Cécile, si le miroir n’intervient pas, il est toujours question d’une temporalité pour un corps qui manque de sensation d’unité. Elle complète avec l’image d’un véritable patch-work à assembler, unifier.

Si les soignants sont très humains, le corps du patient est abordé d’une telle façon qu’il fait penser à un corps-robot, devenant objet médical. Denis revient sur cette notion de « corps objet médical » : le corps deviendrait un objet avant d’être « objet médical ». Il questionne : qu'en est-il des représentations antérieures de la peau quand on ne sent ni le dehors, ni le dedans ? Cécile explique que le cerveau prend vite le relais de l’illusion de peau chez l’enfant qui peut dire « je sens ma peau ». Il n’y a pas de phénomène aperceptif, mais cela interroge sur la manière de sentir le contact tactile. Elle donne l’exemple décrit par O. Sach dans un livre sur des personnes ayant perdu la vue : il n’y a pas de perte de représentation visuelle avec la perte du sens de la vision. Ainsi, il s’agirait de continuer à investir, représenter, imaginer, pour que les représentations ne s’éteignent pas, pour éviter le clivage. Il s’agit de remettre en mouvement, en vitalité plutôt que de réparer. Cécile ajoute que les enfants avant 6 ans se réapproprient la motricité, leur mouvement, une fois l'appareillage retiré ?

Natacha relève la problématique des cliniques de niche avec une forme d’impuissance à pouvoir coter. C’est comme si nous cherchions à coter une problématique de l’ordre d’un chaos. Que cherche-t-on à faire quand on rencontre l’autre, petit, dans cette gravité de blessure ? Raphael Vonsensey avait parlé du sensible dans l’observation, est-ce là que nous nous situons ? Cécile évoque le fait que tous les professionnels du centre de rééducation évaluent les pertes. Mais pourquoi coter la désorganisation traumatique ? Selon elle, on ne peut qu’accompagner l’enfant dans ce qu’il vit et œuvrer à une réorganisation. Par ailleurs, elle a l’impression que le bilan déshumanise et elle exprime le besoin que l’enfant puisse se raconter à travers le bilan. Elle ne cote pas mais utilise ses sens de psychomotricienne pour savoir où se situe l’enfant.
De nombreuses questions et remarques émergent autour de la cotation ensuite, son but, le moyen et le référentiel sur lequel se baser pour évaluer, l’enjeu diagnostic. Martin relève que Cécile s’intéresse de prime abord au schéma corporel et à l’image du corps, items dont les tests présentent des biais puisqu’ils s’appuient sur une représentation graphique du corps et non sur le corps réel. D’autre part, si le schéma corporel peut être intégré, l’image du corps peut être défaillante, immature ou morcelée. Est ensuite évoquée l’image du corps comme une manière d’aborder le soi investi dans une dynamique. Dès lors, le bilan aiderait le jeune à se positionner temporellement vis-à-vis de sa vie passée, présente et future.
Selon Martin, il s’agirait surtout de relancer une dynamique là où il n’y a plus d’espace entre les matières constitutives du corps : la peau est collée aux muscles eux-mêmes collés aux os. Cela évoque à Cécile la reprise d’un dialogue dans le corps-à-corps avec sa patiente. Alors que l’adolescente apparaissait comme une statue, elle emploie petit à petit son corps pour communiquer avec Cécile qui se surprend à ne plus parler. Elle conclue en disant qu’il s’agit finalement de la recherche d’un chemin vers un sentiment d’existence. C’est pour cela qu’elle envisage le schéma corporel comme une partie centrale du bilan psychomoteur, rappelant l’idée de C.Paumel selon laquelle le schéma corporel serait au centre de « l’identité psychomotrice du sujet ». Par ailleurs, le schéma corporel possède cet avantage de signer d’une dynamique car il est en perpétuel changement. Cécile cite alors un médecin « Je ne vois qu’une partie du cerveau et vous, les psychomotriciennes, quand je vous écoute, j’ai l’impression que vous vous occupez de tout le cerveau en même temps. Il semblerait que vous êtes dans une dynamique et une remise en mouvement ».

Lors des épreuves, et notamment le conte de la fourmi, le psychomotricien a une idée derrière la tête, il s’attend à voir quelque chose. Le bilan présenterait l'écueil de fractionner à l’excès la vision globale du sujet. Ainsi, en plus d'observer l'investissement des fonctions psychomotrices, il semble important de prendre en considération l'ensemble de la passation et son investissement tant par le sujet observé que par le psychomotricien. Dès lors, il s’agirait plutôt d’établir une grille de lecture pour savoir où se situe l’enfant de manière globale, sans rapport à la norme, mais aussi de voir la manière dont il s’approprie cette grille. Dès lors, le bilan permettrait de se laisser surprendre face à la typologie des patients rencontrés. Le bilan suggère de positionner un zoom là où nous ne pensons pas à regarder et de changer d’angle de vue. Il ouvre parfois à un récit autour de la proposition faite pouvant alors prendre un rôle de médiateur. Si pour certains, ce dernier constitue un outil neutre, car proposé par l’extérieur, pour d’autres, l’engagement corporel et personnel du psychomotricien le rend très subjectif. Par ailleurs, l’observation est éminemment subjective. Toutefois, le bilan semble être un outil qui se façonne au fil des rencontres avec les patients devenant l’occasion d'une création mutuelle.
Si Raphaël Vonsensey défendait la dimension politique du bilan, il reste certain que c’est l’utilisation qu’en fait le psychomotricien qui demeure importante : interpréter et mettre en lien.


Pour l'ARRCP,
Marème DIOP.

mardi 21 janvier 2020

Café Psychomot' - Mardi 18 février 2020 - 19h45



C'est au Comptoir de Béline et autour de Cécile Mottet que nous nous retrouverons Mardi 18 Février à 19h45 pour ce deuxième café psychomot de la saison sur le thème du bilan.

A partir de sa clinique auprès d'enfants traumatisés crâniens et grands brûlés et plus largement d'une clinique du traumatisme, Cécile interrogera avec nous la place du bilan psychomoteur, ses manques et l'importance d'une observation sensible.
Elle nous propose en lecture deux textes :
·                    « LA PENSÉE-PANSEMENT De l’importance de la relation de soin dans la prise en charge des patients gravement brûlés » Katia Locatelli . Trouvable sur le site du CAIRN
·                    L'article de Charlotte Paumel «  l'évaluation des représentations corporelles ». Revue Thérapie Psychomotrice et Recherches n°183.

Nous vous invitons à bien vous pré-inscrire par mail à arrcplyon@gmail.com avant  le 14 février dernier délai. En effet les places sont limitées !

Sur place, nous vous demandons de prendre une consommation (payée au bar) et de vous acquitter des 5 euros de participation auprès de notre trésorier.

Au plaisir de vous retrouver et belle et heureuse année 2020 à chacun.e.s

                                                                                             
                                                           Pour l'ARRCP Natacha Vignon, Lison Gilardot, Marème Diop



lundi 16 décembre 2019

Un aperçu du Café Psychomot' du 05 novembre 2019



           Pour débuter notre année de réflexion autour du bilan, nous nous sommes retrouvés le mardi 5 novembre au comptoir Béline. C'est Raphaël Vonsensey, psychomotricien en libéral et responsable de formation à l'IFP de Lyon qui ouvre la saison en nous faisant part de son rapport au bilan et de son évolution au fil des ans.

            Raphaël nous avait soumis trois textes en lecture afin de mettre en lumière la dichotomie actuelle entre psychomotricité fondée sur les preuves et psychomotricité relationnelle.  Si le texte de James RIVIERE avait été proposé par Raphaël dans le but de provoquer des réactions de notre part, il nous exprime se retrouver beaucoup plus facilement dans celui écrit par Jérôme BOUTINAUD et All. Toutefois Raphaël exprime que ni la notion de psychomotricité fondée sur les preuves, ni celle de psychomotricité relationnelle ne lui conviennent complètement, s'il y a des éléments intéressants dans chacune d'elle, il est délicat de se retrouver totalement dans l'une ou l'autre vision.

            Raphaël nous propose alors plusieurs des questionnements qui le traversent. S'il est entendable de parler de preuves en médecine voire même dans des rééducations telles que l'ergothérapie, comment faire en psychomotricité ? Comment scientiser une pratique qui ne peut pas l'être ? Cette dichotomie entre deux visions fait aussi écho à celle qui pouvait être présente entre les différentes écoles de psychomotricité qui, selon leur localité, avaient des approches divergentes fondées sur la scientisation ou sur la psychologie. Pourquoi faudrait-il choisir un camp et s'inscrire totalement dans des termes que nous ne pouvons pleinement investir ? Comment construit-on notre identité professionnelle entre ce que l'on nous enseigne dans les écoles et ce que nous cherchons par nous-même par la suite ?
Raphaël est lui aller chercher ailleurs, vers ALBARET ou d'autres auteurs, tel un adolescent se rebellant contre « l'enseignement parental ». Il nous parle ensuite de ses collègues de promo qui sont actuellement cadre, directeur d'école, rédacteur de thérapie psychomotrice... ce qui montre qu'une évolution, une ouverture est possible par la suite en dépit des divergences initiales de formation.

            Raphaël nous fait ensuite une présentation rapide de sa carrière et de son lien au bilan. Son premier poste est en hôpital de jour auprès d'enfants très déficients pour lesquels les bilans standardisés ne sont pas forcément pertinents, il reste donc avec son baguage « de base » (Marthe-Vyl / Bucher...). Il travaille ensuite en libéral ce qui l'incite à s'intéresser aux bilans standardisés. Ce qui marque un tournant pour lui est la présence d'un pédopsychiatre en CMPP qui le pousse à travailler sur ces bilans. Il décortique alors cet outil lui-même car il n'y a pas de budget pour se former. La question se pose alors de pouvoir uniformiser, créer un document, un test qui puisse être coté et utilisé par tous mais est-ce possible ? Peut-être pour le bilan mais pas en ce qui concerne la pratique.

            Raphaël a passé sa MESP dans une institution, un lieu de soin. Lorsqu'il encadre les premières MESP, en tant qu'examinateur, il est marqué par le fait que les étudiants le rassurent en lui disant qu'ils seront bien en relation avec les patients. Sauf que le patient en question quitte la salle d'examen et que les étudiants ne maîtrisent pas du tout le bilan... Il est effectivement important de parler de la relation lorsque l'on parle du bilan car c'est généralement la première rencontre entre le psychomotricien et son patient. Cependant le bilan est également là pour déterminer s'il y a un besoin de suivi et donc pour avoir une observation relativement objective de la personne et de ses troubles. C'est dans cette optique là que la standardisation paraît être intéressante car elle permet, en cadrant l'observation, de limiter les variables parasites. Avoir la même consigne, le même matériel pour tous les psychomotriciens et tous les patients permet de pouvoir dire que les variations observées appartiennent au sujet en présence. Cela offre la possibilité d'avoir une photo nette de la personne où elle en est à l'instant T et de se rapprocher le plus possible du « score exact ». La standardisation offre une harmonisation des notes qui permet d’avoir une observation objective.
Les étudiants lui demandent souvent comment faire pour un enfant qui refuse, qui s'oppose et sera donc en échec sur tout, il sera forcément pénalisé par la standardisation...  Pour Raphaël, la cohorte utilisée pour établir les tests se base sur un ensemble suffisamment large comprenant des enfants qui ont pu s’opposer pendant les épreuves. Les scores prennent en compte cette éventualité.
Il lui est aussi parfois dit que l'opposition à l'utilisation des tests standardisés vient du fait de ne pas vouloir mettre les enfants dans des cases. Ce à quoi il répond que les enfants sont déjà dans la case de ceux qui ont besoin de passer un bilan psychomoteur. Cela permet juste de savoir où ils se situent dans cette case qu'ils occupent.

            Les protocoles des tests standardisés sont très détaillés, on pourrait alors se poser la question de notre spécificité. Une personne sans formation particulière qui travaille le bilan pourrait-elle être apte à le faire passer ? Que pouvons-nous apporter par notre approche spécifique ? Notre rôle est de mettre en lien les scores objectifs obtenus et les observations que nous avons pu faire mais également de recouper les différents scores les uns avec les autres. Cette mise en perspective n'est possible que par la pratique et l'expérience. Selon Raphaël, le bilan est un acte de participation au diagnostic médical.

            Raphaël nous rapporte ensuite les propos de Laurence VAIVRE DOURET qui dit que les psychomotriciens utilisent des bilans venant de la médecine, de la psychologie ou de l'ergothérapie mais que pour autant nous sommes ceux qui nous plaignons le plus de nous faire « piquer » notre boulot et nos tests (NPmot' et DF-mot). La richesse de notre profession réside dans les liens que nous pouvons faire entre les résultats obtenus et nos observations pour avoir une approche différente des autres professions. Ce qui rejoint les propos de D. COURBERAND qui définit la psychomotricité comme étant « un travail interprétatif entre le corps qui montre et le corps qui cache ».

            Raphaël conclue son intervention théorique en nous expliquant que, selon lui, l’intérêt de la cotation serait de refaire une évaluation quelques temps plus tard afin de comparer et mesurer l'évolution de l'enfant. Si un enfant passe d'un résultat de -14 écarts types à -5 écarts types alors peut-être qu'il est pertinent de coter pour objectiver l'évolution. De plus le bilan coté permet d'avoir une idée de l'âge réel de l'enfant.

            Raphaël poursuit ensuite avec un cas clinique. Noa est un garçon de 8 ans qui ressemble un peu à Harry Potter. Il présente un retrait autistique mais est jusqu'à présent passé entre les gouttes de tout diagnostic. Noa n'a pas de copains, il a du mal à être en lien avec ses enseignants (et réciproquement) mais ne présente pas de difficultés d'apprentissage. Il n'aime pas les jeux de société ni les jeux de construction. Sa mère dit qu’il présente un « mutisme corporel ». Elle est inquiète du bilan car elle veut des tests standardisés et a un peu peur des psychomotriciens issus de l'école de Lyon.
            Raphaël commence son bilan par une observation psychomotrice et des jeux de ballon. Noa participe et rit mais il demande ensuite à Raphaël de « faire du travail » car il trouve qu'il a beaucoup joué. Raphaël lui propose alors les tests standardisés et Noa lui pose beaucoup de questions sur les écarts types, il lui explique alors ce que c'est. Lors de ce bilan Raphaël se surprend à faire le Stamback jusqu'au bout et observe que Noa ne parvient pas à comprendre l'écriture symbolique. Dans le BHK, il observe de nombreuses inversions de lettre. Il a donc divers éléments mais ne sait pas bien quoi en faire... Il restitue le bilan à la mère et lui propose de retourner vers son généraliste pour qu'il puisse faire la synthèse des bilans. Raphaël nous explique que les résultats apparaissaient trop hétérogènes pour faire une synthèse. Il suggère néanmoins en fin de bilan une orientation vers un bilan orthophonique et orthoptique. Il s’avère ensuite que l'orthophoniste détecte une importante dyslexie  très compensée et l'orthoptiste repère de gros problèmes visuels.
            Dans cette situation, Raphaël a eu besoin de commencer par de la psychomotricité dite « relationnelle » pour pouvoir ensuite proposer des tests standardisés. Pour lui il est important d'utiliser ces tests de façon raisonnée pour proposer un accompagnement à la carte à chaque personne reçue. Raphaël explique qu'il est, selon lui, nécessaire d'utiliser les deux « types de psychomotricité » pour s’ajuster au mieux à la personne reçue. Pour le moment la psychomotricité est présente dans les plans gouvernementaux (autisme et dyspraxie) mais il semble important  d’utiliser des tests standardisés pour objectiver notre pratique et défendre notre spécificité.

Cécile entame la discussion en nous présentant sa pratique dans un SSR auprès d'enfants brûlés ou cérébraux lésés. Les bilans qu'elle peut pratiquer sont très spécialisés et orientés pour détecter des troubles dysexécutifs. Il est évident que les enfants qu'elle rencontre présentent ce type de troubles mais qu'en est-il du sensoriel ? Pour chercher dans cette direction elle utilise les bilans qui sont souvent pratiqués auprès des personnes autistes, ce qui ne lui convient pas car les troubles ne sont pas les mêmes. Elle cherche des bilans qui puissent être évolutifs entre sensoriel / moteur et cognitif mais rien n'existe et encore moins des bilans normés.
            Raphaël lui répond qu'il faut effectivement adapter le bilan à l'enfant mais comment faire ? Par rapport à quelle norme ? C'est aussi le problème des bilans de niche car les éditeurs cherchent la rentabilité ce que ces pratiques ne permettent pas. Il nous alerte aussi sur la nécessité d'acheter les bilans pour qu'ils continuent à être édités.
Une autre problématique s’impose à Cécile et sa collègue : ce sont les seules à ne pas proposer de bilan standardisés dans l’équipe (kinésithérapeute, ergothérapeutes, orthophonistes).
Marème évoque ensuite sa pratique dans un service d'addictologie. Ses collègues font toutes des tests standardisés mais elles les psychomots ? Quels chiffres peuvent-elles entrer dans le fichier informatique ? Elles n'ont pas de données chiffrées à entrer et ne font « que » des prises en charges considérés comme étant corporelles, le suivi en psychomotricité devient donc facultatif.
Cécile rebondit en disant que les chiffres permettent pour elle d'évaluer la perte subie et donc si elle est récupérée ou non. Elle se questionne également sur la possibilité d'intervenir auprès des patients au bon moment car comme elle n'a pas de bilans cotés adaptés, elle est moins en lien avec les médecins et son intervention passe en dernier plan ou intervient trop tard.
            Nous en revenons à la cotation. Pour avoir des bilans cotés, il faut une cohorte suffisamment importante pour pouvoir se référer à une norme. A-t-on « suffisamment » d'enfants grands brûlés ou d'adultes en addicto pour pouvoir faire ce travail de cotation ?

Denis nous parle de son utilisation de l'échelle de DUNN. Il y a des chiffres mais il y a surtout un questionnaire qui permet ensuite de faire le lien avec la théorie.
Mathieu nous questionne ensuite sur la possibilité d'uniformiser un bilan qui pourrait être commun à tous alors qu'il existe des cliniques de niche. De plus, les enfants arrivent souvent avec un diagnostic déjà bien posé (« il est autiste »), comment s’inscrire dans le diagnostic dans ces cas-là ?
            Raphaël se montre très pessimiste sur l'évolution des postes de psychomotriciens en institution notamment avec l'émergence des plateformes d'orientation précoce. Il s'inquiète de la possible disparition des CMP.

Denis se retrouve bien dans la présentation qu'a fait Raphaël et l'idée d'une psychomotricité intégrative lui plaît bien. Lui a commencé avec la phénoménologie, assez difficile d’accès, puis il y a eu la psychanalyse qui était beaucoup plus claire. Pour lui la psychomotricité est une profession qui avance et il est important de dépasser la question du relationnel ou pas.

Se posent ensuite les questions de l'uniformisation des pratiques, de la cotation à l'acte que cela pourrait entraîner, de la nomenclature choisie et de comment les pratiques de niches pourraient également être exclues de ces actes pensés pour le plus grand nombre. Raphaël nous explique que les orthophonistes font toutes le même bilan mais que par la suite la rééducation, l'accompagnement, varie d'une professionnelle à l'autre. Il n'y aurait alors plus aucune flexibilité et plus aucune personnalisation possible dans l'acte du bilan ?

Est ensuite posée la question de pourquoi et pour qui on fait un bilan ? A quoi va répondre le bilan ? Comment faire quand le bilan réalisé ne répond pas à la demande initiale à l'origine du bilan ?
Nous nous quittons après cette présentation très riche et ces débats animés avec encore de nombreuses questions non résolues : Quelle conduite doit-on tenir avec le bilan ? Quels outils doit-on utiliser ? Quelle évaluation faisons-nous du bilan ? Quels objectifs nous donnons-nous dans la passation d'un bilan ? Cécile conclue la soirée en nous disant que le bilan permet, pour elle, d'explorer des domaines où nous ne serions peut-être pas allés chercher.


            Nous vous proposons de nous retrouver le 18 février, toujours au comptoir de Béline, pour poursuivre notre réflexion autour du bilan. Nous n'avons pas encore le nom de la personne qui interviendra mais il vous sera communiqué par la suite.

            Nous vous souhaitons de passer de belles fêtes de fin d'année et serons ravies de vous retrouver début 2020.



Lison Gilardot, pour l'ARRCP.