L'Association de Réflexion et de Recherche Clinique en Psychomotricité de Lyon et sa Région vise à promouvoir la recherche clinique en psychomotricité par divers moyens notamment : l’organisation de séminaires, colloques, groupes de réflexion. Soutenir des projets individuels ou collectifs de recherche sur la clinique psychomotrice, favoriser et/ou rechercher la collaboration avec des structures à même d’apporter une contribution directe ou indirecte au but poursuivi par l’association et tout particulièrement avec l’Institut de Formation en Psychomotricité de Lyon.
Elle s’adresse à tout psychomotricien désireux d’engager un travail d’approfondissement théorico-clinique, quel que soit son champ d’exercice professionnel ou son référentiel théorique et clinique.
Susciter les échanges, favoriser le débat entre psychomotriciens, soutenir la réflexion et la recherche à propos de la pratique, telles sont les ambitions de l’ARRCP Lyon et région. Dans cet objectif, l’association mise sur l’engagement de ses membres dans une démarche qui consiste à se confronter aux difficultés et aux doutes rencontrés dans la clinique, à approfondir ses intuitions cliniques, à les arrimer à des concepts théoriques, à transmettre et discuter les résultats de ses travaux.

mercredi 1 novembre 2017

Un aperçu du Café Psychomot' du 17 octobre 2017


C’est la rentrée pour l’ARRCP : ce mardi, après notre assemblée générale, nous nous sommes réunis autour d’Aurélie Tronel et de Mélanie Arbaud au café de la Cloche, notre nouveau lieu de retrouvailles. Animé sans être trop bruyant, nous avons pu y entendre Aurélie et Mélanie, puis discuter à partir de leur présentation dans une ambiance agréable.

Pour ce premier café de la saison, elles nous présentent à deux voix leur travail au CCAS (Centre Communal d’Action Social), nous expliquant comment elles se répartissent entre quatre psychomotriciennes le travail de prévention en gériatrie dans 16 EHPA (anciennement foyers logements) accueillant des résidents de 60 à 100 ans présentant des pathologies neurologiques, dégénératives, douloureuses ou encore psychiatriques, mais gardant une autonomie suffisante pour habiter dans leur appartement, et s’ils le veulent, disposer du restaurant ou d’autres lieux communs. Si des soignants interviennent auprès d’eux, ceux-ci sont des libéraux.
Mélanie, présente depuis son début le projet de psychomotricité au CCAS, nous racontant l’historique du poste depuis 2003. Au départ, il y avait moins de temps de psychomotricité pour plus de structures. Le travail y était plus individuel, tel celui des libéraux (infirmiers, kinésithérapeutes).
Chaque psychomotricienne travaille un jour par semaine dans une structure différente, et toutes les quatre se retrouvent le vendredi pour écrire des comptes rendus « dans un bureau doté de PC », mais aussi pour réfléchir ensemble à leur travail dans un processus d’intervision. Leur directrice a bien compris que cette cinquième journée ressource nos quatre psychomotriciennes qui redéployent ensuite leur énergie dans chacune de leurs institutions. De ces moments partagés naissent aussi de nouveaux projets, tel celui de la création d’une plaquette « prévention des chutes ».
Aurélie et Mélanie nous dresse ainsi le programme bien dense d’une journée type en institution   :
·         Relève avec l’équipe (non-soignante)
·         Temps pour des rencontres individuelles ponctuelles en fonction des échanges de la relève (pour éviter un syndrome post-chute par exemple).
·         Installation de la salle pour le ou les deux groupes de la journée. Relance auprès des personnes âgées ayant des troubles cognitifs et auprès des absents de la semaine précédente.
·         Déroulement des groupes et notes pour l’équipe.
Aurélie et Mélanie présentent très rapidement le contenu des groupes, variable en fonction des participants : travail sur les ancrages, l’axialité (prévention chute), les repérages temporo-spatiaux, mais aussi l’expression (groupe théâtre), avec pour tous les groupes l’accompagnement et le soutien de la socialisation…

Dans leur propos, je relève plusieurs originalités par rapport au travail clinique en institution soignante :
·         Il n’y a pas d’indication médicale. La psychomotricité et son projet de prévention du vieillissement pathologique sont à priori « bons pour tous ».
De ce fait, il y a un démarchage fait par les psychomotriciennes dans chacune des institutions. Mélanie nous dit même comment, à la création de son poste, elle avait l’impression de « vendre » les bienfaits de la psychomotricité aux résidents… une impression pas simple à vivre. Maintenant, il y a un noyau groupal de résidents « habitués » à leur groupe de psychomotricité qui présente le groupe et ses intentions aux nouveaux résidents : c’est autrement plus confortable. Etre convaincu des bienfaits de la psychomotricité dans la prévention en gériatrie est une chose, mais avoir l’impression d’en faire un commerce est beaucoup plus inconfortable d’un point de vue éthique.
·         Si le travail de prévention concerne avant tout les résidents, l’ouverture à l’équipe est aussi une part très importante du travail de nos psychomotriciennes, dès la relève du début de journée jusqu’à la restitution des groupes, mais aussi dans tous les temps informels. Il faut apprendre à ce personnel non-soignant à observer les personnes âgées pour distinguer un vieillissement normal d’un vieillissement pathologique. C’est éminemment important puisque ce sont ces personnes qui sont présentes au quotidien auprès des résidents.
·         Aurélie et Mélanie brossent ensemble une définition de la prévention en gériatrie qui serait  d’éviter la bascule dans le vieillissement pathologique tant que faire se peut, mais aussi d’alerter si cette frontière est dépassée. Il faut pouvoir alors penser l’avenir du résident dans une structure de soin, avec l’équipe, avec le sujet âgé, avec son médecin traitant, sa famille. Nous pouvons mesurer l’ampleur du travail que réalisent nos psychomot’ !

A partir de la densité de cette mission de prévention dans chacune de leur quatre EHPA, nous comprenons combien la journée du vendredi partagée de façon réflexive dans leur bureau commun, permet à nos quatre psychomotriciennes de rester confiantes.
Mélanie nous dit aussi combien ces partages sont créatifs. A partir d’eux, l’idée leur est venue de créer deux séminaires à l’attention des directeurs de structures et leurs adjoints, leur proposant de vivre des propositions de travail corporel telles que celles proposées aux résidents. Ces expériences renforcent encore la connaissance et l’intérêt de la psychomotricité en prévention gériatrique. Mais cette reconnaissance de leur travail va encore au-delà. Leur direction leur demande conseil pour l’élaboration de l’espace commun avec le pôle technique. Elles participent à des réunions de travaux de réhabilitation. Elles sont en train de créer un parcours santé. Elles nous annoncent la création d’une salle de médiation corporelle dans laquelle elles pourront réaliser leur groupe de psychomotricité, au lieu d’aménager sans cesse le salon de la résidence. Elles interviennent dans des colloques départementaux ou régionaux sur la prévention en gériatrie.

Je ne peux dans ce résumé relater toute la richesse de la présentation de Mélanie et Aurélie, comme leurs vignettes cliniques, et m’en excuse auprès d’elles. Mais avant de rapporter quelques points de discussions du débat qui s’en est suivi, je ne peux que féliciter Aurélie et Mélanie pour leur motivation, leur créativité, mais aussi la qualité de leur ajustement à l’être âgé autonome le plus longtemps possible.

Emmanuelle est sensible à la transmission entre les anciens et les nouveaux résidents, à cette entraide.
Natacha parle de « préoccupation maternelle » dans cette attention partagée entre psychomotriciennes, mais aussi avec les résidents et les équipes.
Véronique de rajouter : « Il faut être prévenant pour prévenir. » Cela la renvoie à la place de la personne âgée dans sa résidence, mais aussi dans notre société.
Denis réfléchit en terme de contenance : il s’agit de se situer entre le formel et l’informel, avec la création de supports et l’organisation de l’espace de l’atelier à chaque fois. Il  fait référence à Sami Ali en parlant du corps du sujet, mais aussi du corps du bâtiment, du corps institutionnel.
Cécile pointe comme il est aussi important de réactualiser les liens avec les autres dans les institutions soignantes, en sortant de leurs murs.
Roland dit comment dans la prévention, on est toujours dans l’anticipation. Il s’agit de créer des conditions pour qu’une demande puisse être accueillie.
Emmanuelle remarque la qualité de patience indispensable au psychomotricien.
Denis interroge aussi Mélanie quand ça bascule entre prévention et besoin d’une thérapie psychomotrice. Dans ces cas-là, elles réalisent un bilan psychomoteur et font lien avec le médecin traitant du résident de façon argumentée.
Laure questionne par rapport au matériel. Mélanie raconte comment en 2003 elle transportait son matériel de structure en structure. Aujourd’hui chaque résidence a son propre matériel.
Et avant de conclure, Mélanie nous dit les dispositions toutes particulières concernant les résidents, anciens SDF, accueillis dans l’une de ses institutions. Avec eux, il faut savoir travailler la porte ouverte et laisser une trace du groupe en ne rangeant pas trop vite le matériel utilisé… un autre ajustement tout particulier.

Merci à Mélanie et Aurélie, merci à tous les participants nouveaux et anciens pour leur présence et leur participation. Avec vous tous c’était chouette ce café !

Natacha Vignon et Lison Gilardot s’associent à moi pour rappeler que le prochain café psychomot’ hors des sentiers battus concernera le travail en crèche qui se déploie de plus en plus. Il aura lieu mardi 27 février 2018. Nous vous avions sollicités, mais nous savons aujourd’hui qui interviendra. Nous vous donnons rendez-vous début févier pour vous préinscrire après notre annonce.
Mais avant notre prochain café psychomot’, place à notre Journée d’Etude qui aura lieu le samedi 27 janvier. Restez attentif… la plaquette arrive. A très vite !


Pour l’ARRCP, Odile Gaucher




vendredi 29 septembre 2017

Adhérer à l'ARRCP





Pour tous ceux qui souhaitent rejoindre l'ARRCP (et nous vous espérons nombreux!), vous pouvez télécharger le bulletin d'adhésion via le lien ci-dessous.




Bulletin d'adhésion ARRCP 2017/2018




Il ne vous suffira plus qu'à le remplir, s'acquitter de la petite cotisation de 20€, et de nous remettre tout cela, soit lors des cafés psychomot', ou bien par voies postales à l'adresse :




Association de Réflexion et de Recherche Clinique en Psychomotricité
chez M. Denis MORTAMET


4 H chemin des Hermières 


69340 FRANCHEVILLE 

Au plaisir, cher(e)s collègues, de vous retrouver très vite.

lundi 18 septembre 2017

Café Psychomot' - Mardi 17 octobre 2017


1er café psychomot’ de la saison 2017-2018 :

Nous vous accueillons mardi 17 Octobre 2017, à 19h45 au café de la Cloche, 4 rue de la Charité 69002 Lyon.

La prévention psychomotrice en gériatrie : Mélanie Arbaud et Aurélie Trönel, toutes deux psychomotriciennes, nous exposent leur travail auprès de résidents âgés dans leur institution CCS (Centre communal d’Action Sociale).
Seront déclinés le travail auprès des résidents et auprès des équipes.

Pour réfléchir ensemble à leur cadre de prévention, Mélanie et Aurélie nous suggèrent la lecture de « Accompagnement et prévention en psychiatrie », Isabelle Caut in revue Thérapie Psychomotrice et Recherches n°136, année 2003.
Merci de vous préinscrire par mail à arrcplyon@gmail.com
Nous vous renverrons un mail de confirmation ou non d’inscription. Nous ne dépasserons pas le nombre de 25 afin de mieux pouvoir échanger.

Vous réglerez votre inscription le jour même à Denis Mortamet, notre trésorier, et prendrez votre consommation au bar avant de vous installer.
Au plaisir de vous retrouver,

Pour l’ARRCP,
Odile Gaucher

lundi 4 septembre 2017

Les Cafés Psychomot' saison 2017/2018



En cette nouvelle saison beaucoup de nouveautés :

Le lieu de nos rencontres :
Café de la Cloche depuis 1804   
4 rue de la Charité - 69002 LYON (Bellecour) 
Lison Gilardot rejoint Natacha Vignon et Odile Gaucher pour animer nos rencontres et en rédiger les précieux comptes rendus présents sur notre blog et bientôt sur notre site.
Le thème annuel de nos cafés : « la psychomotricité hors des sentiers battus ».

Trois dates à retenir avec un éventail de proposition :

Le 17 octobre 2017, Mélanie Arbaud et Aurélie Tronel nous amènerons à réfléchir sur la prévention en gériatrie.
Le 27 février 2018, la psychomotricité en crèche.
Le 24 avril 2018, le soin ponctuel auprès des adolescents.

Les horaires restent les mêmes : accueil à 19h45, début du partage à 20h jusqu’à 21h45.

Toujours deux possibilités d’inscription : après la pré-inscription par mail à arrcplyon@gmail.com après l’annonce du café et ses lectures de référence un mois avant environ, une consommation à payer au bar en arrivant et 5€ à donner à notre trésorier pour la séance, à moins que vous souhaitiez adhérer à l’ARRCP : 20€ d’adhésion et la gratuité des trois cafés psychomot’.

Si parmi vous, certains psychomotriciens seraient intéressés pour présenter l’un des deux cafés de 2018, seuls ou en duo, qu’ils n’hésitent pas à se manifester à cette même adresse mail. Nous sommes prêtes à les soutenir dans leur démarche.

En vacances ou bien au travail, nous souhaitons une belle fin d’été à chacun !

Pour l’ARRCP,

Lison Gilardot, Natacha Vignon et Odile Gaucher

lundi 8 mai 2017

Un aperçu du Café Psychomot' du Mardi 04 Avril 2017


C'est en plus petit comité et dans une grande mixité d'âges professionnels, que nous nous sommes retrouvés Mardi 4 avril pour notre dernier café psychomot de la saison sur le thème de la transdisciplinarité.
Et c'est Odile Gaucher qui vient nous parler de la fonction tiers et formatrice du psychomotricien auprès des autres et qui amène à construire des cadres de formation.
Elle s'appuie sur la lecture du texte de Gaëtan Munoz « Quel drôle de groupe ! Un dispositif groupal pour tenter de "faire le corps"  d'adultes polyhandicapés », qui a beaucoup développé cette fonction tiers dans son institution. 
Odile nous encourage vivement à lire ce texte.

« Tout ne se fait pas en jour », « Cela ne va pas de soi », c'est ainsi qu'elle nous parle du temps de la sagesse pour laisser faire les choses et ne pas bousculer. Et au travers de son parcours professionnel riche et varié, elle témoigne de petites situations de transdisciplinarité qui lui ont permis de se construire une fonction échoïsante avec les autres soignants.
Le point de départ étant toujours pour elle de partager la difficulté du soin avec les autres et une grande attention pour saisir les propositions, les opportunités qui peuvent émerger.
Gaëtan Munoz, dans son texte parle de durabilité du travail soignant et convoque des mythes : celui de Pénélope et de Sisyphe pour dire la répétition, le faire, défaire et refaire permanent de la tâche primaire dans son institution.
Il parle du rôle du psychomotricien qui soutient et ramène, souligne les traces.
Odile insiste sur notre qualité d'observation et de décodage qui permet de dire la présence à l'autre.

Il y aurait donc deux temps : celui de la patience et celui de l'attention.

Dans son chemin professionnel, Odile va éprouver, en pédopsychiatrie et avec sa présence 3h/semaine dans un service de prématurité, une posture de « se poser » dans l'instant présent, et d'observer le travail des puéricultrices, le désarroi des parents dans la séparation traumatique des premiers liens.
Ce sont ces observations du quotidien du travail des autres qui ont fait réflexion et Odile, s'appuyant sur Frédéric Leboyer et son livre Shantala, a initié le peau à peau auprès de ses collègues en se mettant en retrait. Ainsi des porte-bébé Kangourou ont été achetés, proposant ainsi aux bébés d'être portés pendant que les puéricultrices faisaient autre chose que des soins...
Du monde de la toute petite enfance au monde du la gériatrie, il n'y a eu qu'un pas et Odile nous raconte alors comment au fur et à mesure de ses années de travail à l'hôpital des Charpennes , de ses rencontres avec des médecins soutenant, porteurs, elle a construit sa place au plus près des équipes, désertant sa salle et travaillant dans les couloirs et dans les chambres du service, avec les autres. La perception de la psychomotricité étant bien confuse dans la tête des internes. Pour affiner une meilleure représentation de notre métier, qui réalise un film sur la psychomotricité mettant en exergue le chevillage psycho-corporel de notre travail.
Dans sa clinique en soins palliatifs, Odile déploie les massages relaxants pour travailler ensemble dans un même temps et proposer un massage apaisant qui pouvait permettre qu'un soin infirmier anxiogène se fasse plus sereinement.
De ces expériences partagées, l'équipe de soins palliatifs demande à Odile de faire une initiation au massage relaxant.
Odile nous rappelle combien il s'est agi pour elle dans son lien avec les autres collègues, de se connaître, de partager les deuils et partager les connaissances.
Et le maillage continuera à se faire puisqu'ensuite Odile interviendra dans une formation en intra sur les différentes techniques de massage relaxant, dans des ateliers d'initiations dans les services de gériatrie...
Elle insiste sur l'importance de penser le cadre de ces interventions et comment l'institution tient et épargne cet espace-temps.
Odile est ensuite mutée dans un service de TCA, on y reviendra. Mais au passage elle devient chargée d'enseignement à l'IFP et nous parle avec tendresse et sérieux de l'importance d'accueillir des stagiaires, des étudiants car « on apprend d'eux ».
Elle rencontre aussi le travail d'écriture pour des conférences et nous parle d'un processus quasi d'auto-formation pour apprendre à clarifier la narration clinique, tout comme dans la préparation d'une formation. C'est nous dit Odile, presque une démarche d'auto-supervision.
Dans son service, elle reprend des ateliers de massage relaxant auprès des infirmiers psy qui utilisent cette médiation  pour calmer l'angoisse de patients lors de réveil nocturne.
Ces ateliers nommés  « à l'écoute du tact », disent combien tout ce travail fait par Odile depuis des années, à petits pas, dans la transmission, la formation n'ont pu se construire que dans l'idée du partage et de la sagesse de l'attente.

Les échanges qui suivent ce témoignage sensible et intime d'Odile ne vont pas se faire attendre...

Je rebondis sur l'humilité et la notion d'expérience qui se partage en repensant encore au texte de Ciccone sur la transdisciplinarité et l'idée de « lâcher » le savoir au sens d’un pouvoir, pour être dans une qualité de présence qui se transmet.
Odile parle d'un « savoir-être » qui est un partage d'expérience et non pas une accumulation de connaissances.

Alice s'interroge sur les formations communes transmises dans les institutions, qui font pâte commune et que chacun va recevoir à sa manière.
Odile répond au regard de son expérience en soin palliatif « on s'est construit en se formant ensemble » et parle de son expérience de formatrice actuelle avec l'INFIPP où elle intervient dans le cadre de projet de service qui font unité groupale.

Matthieu pense aux formations communes, à la mode dans les institutions, comme les journées d'intégration. Il nous dit que ce qu'il en retient n'est pas forcément intéressant dans la pédagogie mais bien que cela fait histoire commune et que cela crée une représentation de comment  l'institution pense.

Lucile nous raconte sa première expérience dans une équipe en construction, dans un centre diagnostic de TCA et sur l'importance de la réunion de synthèse qui relie, rassemble et comble les trous dans une configuration de travail très morcelée. Elle utilise son bilan comme une traduction du corps qui fait tiers et relie pour le patient et donne sens aussi pour les autres, tout en s'interrogeant sur le fait que faire uniquement des bilans, ça n'est pas faire du soin.
Odile pointe que, dès le bilan, nous mettons en œuvre une fonction miroir au sens de Winnicott qui déjà est thérapeutique.

Denis approfondit cette notion de fonction tiers et se réfère à Meltzer et la notion de conflit esthétique, dans la fascination du bébé pour le psychisme de sa mère.
Il insiste sur la fonction de tiers archaïque à laquelle nous sommes souvent convoqué dans notre clinique psychomotrice, qui accompagne, relie et qui est souvent bien oublié dans nos institutions au profit du tiers œdipien, séparateur.

Mélanie partage son expérience dans un cadre préventif où elle a d'emblée pensé la nécessité de travailler  avec d'autres dans un groupe, puis l'arrêt de la participation de ses collègues, pour que reviennent plus tard à nouveau l'envie de partager avec. C'est toute l'importance de la temporalité qui permet aussi d'accepter les mouvements d'investissement et de désinvestissement.

Odile invite Aurélie, une ancienne stagiaire avec elle, à parler de son expérience de stage avec elle, dans un groupe de soin partagé : elle exprime alors ses craintes à travailler sous le regard de l'autre et sa progressive compréhension de la fonction tiers étayante pour les patients des autres soignants.
Elle témoigne d'un regard interne de l'expérience vécue.

Martin parle de la fonction tiers comme l'image d'une boite à outils, un médium, avec son impression parfois que 40 mn par semaine de soin psychomoteur dans un lieu de vie, ça soignerait bien peu et que les effets thérapeutiques ne se situent pas forcément à l'endroit où cela se passe.
Mais c'est peut-être le partage, le cheminement ensemble, en équipe, constitutifs d'un appareil à penser commun qui ferait "l'être soignant" dans les lieux de vie.

Denis musicalement, dit son bémol à Martin et une autre image : celle du tiercé où il faut être placé. La compétence, la formation permet de se placer. On n’est pas forcément les mieux placés, mais on est placé. La question du corps est une question de la présence et notre clinique est celle de la présence. Il nous appartient de travailler cette question-là.

Lison évoque la permission que l'on se donnerait de dire ce que l'on a ressenti car on travaille avec nos ressentis. La transdisciplinarité est peut-être donc de ne pas savoir et de s'autoriser à s'interroger.
Martin en écho se fait l'objet d'une place qui serait celle de pouvoir dire « Ben, tiens, moi j'ai vu ça ».

Mélanie amène aussi la notion de la présence du psychomotricien : savoir être présent, savoir se retirer, s'absenter pour laisser émerger et faire exister la présence.

Nos échanges riches, sensibles et authentiques se terminent sur cette idée d'une forme d'humilité pour transmettre des petites choses à nos collègues , recevoir d'eux et sauvegarder ainsi nos propres soutiens dans notre clinique.

Notre saison des cafés s'achève donc en ce mardi printanier. Nous allons, pendant la période estivale, nous mettre à la recherche d'un autre lieu pour nous accueillir, préparer la saison prochaine et nous restons à l'écoute de vos envies de voir un thème discuté prochainement.
N'hésitez pas à nous contacter !

Belles saisons à venir pour chacun de vous.


Natacha Vignon, pour l'ARRCP



dimanche 12 mars 2017

Café Psychomt' - Mardi 4 avril 2017 - 19h45


Le 4 avril 2017, à 19h45 au Macanudo, je vous parlerai de mon expérience de formation dans les services hospitaliers dans lesquels j’ai travaillé. 
Cette démarche de formation découle directement  de moments thérapeutiques partagés en transdisciplinarité et de la fonction tiers que j’ai pu adopter dans certains dispositifs de soin. 
De ce fait, le texte à lire ou à relire pour nourrir notre réflexion est celui de Gaëtan Munoz : « Quel drôle de groupe ! Un dispositif groupal pour tenter de « faire le corps » d'adultes polyhandicapés. », in les cahiers « corps et psyché », 4ème Journée Clinique Régionale « Corps et Psyché » - Le corps du groupe, le corps dans le groupe – le 12 mai 2012 – Lyon UCBL Lyon 1.

Naturellement, Natacha Vignon vous accueillera et animera le débat qui s’en suivra.

Quelques petits rappels utiles : 
N’oubliez pas de vous préinscrire par mail rapidement via la boîte de l'arrcp (arrcplyon@gmail.com) pour vous assurer d’avoir une place. 
Une réponse vous le confirmera ou non.
N’oubliez pas non plus de régler votre consommation au bar. Il y a eu des oublis de certains d’entre vous que l’ARRCP a dû payer.
Et, si vous n’avez pas pris votre adhésion, il vous faudra régler 5€ auprès de notre trésorier Denis Mortamet.

A très vite,

Odile Gaucher

lundi 20 février 2017

Un aperçu du Café Psychomot' du mardi 31 janvier 2017


 Elise Guettal, psychologue, et Lison Gilardot, psychomotricienne, travaillent dans une Maison d’Accueil Spécialisée (MAS), auprès d’adultes polyhandicapés. Toutes deux se saisissent du projet du café-psychomot’ pour écrire et réfléchir sur leur binôme psychomot-psycho, animées par notre thématique annuelle de la transdisciplinarité. C’est comme une bouffée d’oxygène au milieu de la souffrance institutionnelle dans laquelle elles baignent.

Avec beaucoup de générosité elles ont partagé avec nous le travail qui les réunit dans un groupe thérapeutique accueillant deux patientes, Julie et Marion, sœurs jumelles, et toutes deux atteintes du syndrome de Pitt Hopkins. Du fait de leur maladie, Marion et Julie ont des mouvements répétés de la main et de la bouche ; elles enfoncent profondément leur main dans leur bouche et ont des stéréotypies.

Elise et Lison nous racontent la naissance de leur groupe, son installation dans la continuité, et termine leur présentation en s’interrogeant sur la fin de la prise en charge. Cette narration à deux voix nous est très sensible, nous laissant éprouver toute l’énergie qui les anime, mais aussi leurs hésitations dans une complémentarité transdisciplinaire indéniable : chacune soutient l’autre pour mener à bien un projet ô combien humain : favoriser la rencontre entre ces deux sœurs jumelles.

Marion et Julie sont décrites comme « baveuses » du fait de leur syndrome. Dans l’institution, les réactions de rejet à leur égard sont nombreuses. Comment les aider à s’ouvrir mieux à la relation à l’autre et à leur relation gémellaire ? Par ce projet, il s’agit bien de faire le pari de pouvoir les considérer autrement que repoussantes, dans le lieu privilégié du groupe qui se déroule dans la salle Snoezelen.  Lison accepte le projet d’Elise à une condition : « nous porterons des blouses ».

Les premières séances sont morbides, « pleines de vides » nous dit Lison. Aidées des différents supports présents dans la salle, les mouvements de rencontre qu’Elise et Lison propose aux deux jumelles font « flop »… Mais tout de même, l’observation des thérapeutes distingue bien les deux sœurs : Marion est plus mobile, plus actrice, alors que Julie se love dans le canapé avec ou sans thérapeute qui se sent vite objéifié, tel un coussin.

Puis vient le jour où Lison chante une berceuse. Et là il y a de l’apaisement. La voix crée un climat de rencontre plus serein pour Julie et Marion et la recherche des paroles des chansons rasssemble aussi Elise et Lison. Mieux que tous les jeux de lumière, c’est le chant qui fait médiation. Et Julie et Marion de se regarder. Et Elise et Lison de « presque en  pleurer », avec le souvenir de la scène qui fait encore briller leurs yeux.

Dans cette deuxième phase du groupe où il prend corps, les rôles de chacune se structurent aussi : Lison et Elise choisissent de s’alterner dans leur rôle chaque semaine, l’une étant plus animatrice de la relation et l’autre observatrice.

Le groupe progresse dans une temporalité qui s’installe. Jusqu’à quand ?

Lison et Elise n’ont plus besoin de blouses. Lison évoque dans sa présentation la peur de la contagion décrite par S. K. Sausse. La relation, en s’humanisant, devient de moins en moins repoussante et baveuse, et les blouses moins nécessaires.

Pour penser ce groupe et pour préparer ce café, Lison lit le collectif dirigé par Monique Perrier-Genas et Jocelyne Huguet-Manoukian. Elle nous dit comment cette lecture lui a fait du bien, en renforçant ses croyances quant à la transdisciplinarité alors que celle-ci n’est pas du tout portée par la MAS dans laquelle elle travaille. Pouvoir lire chacun des professionnels de l’équipe du CAMSP de Vienne lui a été d’une grande richesse. Lison cite, entre autre, Jocelyne Roux-Levrat parlant de la transdisciplinarité comme d’un vecteur qui fait avancer avec cette « conviction éthique de foi en l’humain ».

Pour penser ce groupe Elise s’appuie sur A. Ciccone pour travailler le miroir, la gémellité et la parentalité psychique, mais encore sur R. Kaës et E. Enriquez pour survivre à la défaillance institutionnelle dans laquelle il vaut mieux garder secret un travail de qualité pour le protéger… « Le groupe est un pied de nez à la vie institutionnelle », nous dit Elise.

Mais surtout Lison et Elise compte l’une sur l’autre, dans une confiance qui aide à être avec l’autre et à penser le lien relationnel, à rester vivant.

Après la présentation clinique et vivante de Lison et Elise le débat s’en suit et nous permet d’apprendre plus encore sur la valeur de leur travail. Les Aides Médico-Psychologiques (AMP) utilisent maintenant des comptines pour apaiser Marion et Julie qui semblent se rencontrer dans d’autres moments de leurs journées… Les AMP évoluent dans le regard qu’elles portent sur Marion et Julie. Donc même si le groupe n’est pas soutenu  par la direction de l’institution, la transdisciplinarité s’ouvre, par effet de ricochets, aux autres partenaires du soin. Ce sont souvent de petites choses qui sont ô combien précieuses. Merci à Lison et Elise de nous le rappeler.

Le débat nous permet de réfléchir au rôle de l’observateur.

Cécile nous dit comment dans un travail individuel difficile, elle a pu demander à sa collègue psychologue de la soutenir en tant qu’observatrice, dans une présence vivante et regardante, avant-même de parler de la scène observée. Elle soulève la dualité fascination/dégout et associe avec les deux visages de la figure du monstre.

Martin pense que l’observation permet aussi la narration, dans l’après-coup de la séance au thérapeute qui en était animateur. Ce à quoi je rajoute que, particulièrement dans le soin des adolescents, il est très riche que l’observateur fasse la narration de la séance au groupe avant qu’il ne se sépare. Il amène la place de l’intersubjectif comme lutte créative contre le « faire » et questionne sur comment faire vivre et transpirer ce groupe dans l’institution.

Pascale revient sur la médiation de la comptine qui a pu réunir thérapeutes et jumelles. Pour elle, la comptine parle de la présence à l’archaïsme de chacune,  tout en venant entremêler les capacités professionnelles de la psychomotricienne et de la psychologue, à savoir l’expression corporelle et l’expression verbale. Cela lui fait penser au dispositif de la pataugeoire.

Denis ressent comment passer par la comptine a introduit de la temporalité et parle de la transmodalité dans ce soin (le même chez l’autre dans le registre du sensoriel).

Emmanuelle revient sur l’implication « parentale » du thérapeute et la transdisciplinarité qui peut amener à être surpris et s’étonner.

Mathieu amène la question du regard et se demande si ce qui gêne la transdisciplinarité serait de pouvoir accepter d’être regardé. Il note le regard très présent entre Lison et Elise, mais l’absence de regard de l’institution.

Face à la déroute institutionnelle, le secret peut parfois protéger. Natacha rappelle aussi le risque de l’attaque envieuse par les autres de l’institution, et Denis notre désir d’être reconnu mais aussi d’être oublié dans nos institutions.

Nous terminons ce débat sur la fin des soins. Martin nous dit comment il s’appuie sur l’indication pour penser la fin des soins. Mais dans certaines institutions, les indications ne sont pas toujours explicites…

Merci encore à Lison et Elise pour avoir partagé autant avec nous en nous permettant de rediscuter des essentiels de notre travail thérapeutique.

Odile Gaucher