L'Association de Réflexion et de Recherche Clinique en Psychomotricité de Lyon et sa Région vise à promouvoir la recherche clinique en psychomotricité par divers moyens notamment : l’organisation de séminaires, colloques, groupes de réflexion. Soutenir des projets individuels ou collectifs de recherche sur la clinique psychomotrice, favoriser et/ou rechercher la collaboration avec des structures à même d’apporter une contribution directe ou indirecte au but poursuivi par l’association et tout particulièrement avec l’Institut de Formation en Psychomotricité de Lyon.
Elle s’adresse à tout psychomotricien désireux d’engager un travail d’approfondissement théorico-clinique, quel que soit son champ d’exercice professionnel ou son référentiel théorique et clinique.
Susciter les échanges, favoriser le débat entre psychomotriciens, soutenir la réflexion et la recherche à propos de la pratique, telles sont les ambitions de l’ARRCP Lyon et région. Dans cet objectif, l’association mise sur l’engagement de ses membres dans une démarche qui consiste à se confronter aux difficultés et aux doutes rencontrés dans la clinique, à approfondir ses intuitions cliniques, à les arrimer à des concepts théoriques, à transmettre et discuter les résultats de ses travaux.

lundi 25 février 2019

Un aperçu du Café Psychomot' du 05 février 2019



C'est un café psychomot' itinérant qui nous a fait nous retrouver, nombreux, mardi 5 février, au Comptoir de Béline, qui a bien voulu nous recevoir en dernière minute.

Sabine Fritis Arcaya nous y raconte avec images, détails et précisions dans sa clinique, son travail dans son cabinet libéral auprès de femmes en difficultés pour devenir mères.

Nous l'écoutons, nous parler de ce qui, pour elle, fait l'objet de ses thérapies psychomotrices. Sabine, avec humour et sérieux nous dit d'emblée qu'elle ne se situe pas dans une compréhension psychoaffective de l'infertilité et qu'elle reste prudente avec les théories psychologiques et le classique « Vous avez un problème avec votre mère ».

Quand un projet de bébé est en panne, le mythe ou la légende se place pour tenter de comprendre. Trouver un coupable. Pour ces femmes, soi même est le coupable idéal. L'entourage vient souvent  donner son explication en voulant aider. Dans un article publié en 2012 dans Thérapie Psychomotrices et Recherches, elle écrit de manière théâtralisée, tel un dialogue, les mots mis par l'entourage. - tu y penses trop – finis ta maison et ça viendra- etc...
Pour Sabine la fertilité est une histoire multiple, mélange de physiologie, d'anatomie et de contextes personnels.
Se mêlent pour la femme identité, maternité et féminité, tout comme chez l'homme identité, masculinité et virilité.
Elle nous rappelle que pour ces femmes qui arrivent dans son cabinet, rien ne compte plus que l'enfant absent quand on est une femme au ventre vide. Il y a beaucoup de solitude et de souffrance.
Les traitements de PMA sont lourds et ont de nombreux effets secondaires corporels (tension, mal de dos, mal digestif, troubles de l'appétit...). Le corps devient objet de soin de la science. Les espoirs alternent avec les désespoirs.
La thérapie psychomotrice permet d'accompagner cette période de vie qui malmène ces femmes, ces couples.
Sabine précise d'emblée l'objet du travail, à savoir : « retrouver des ressources en soi et se réapproprier son corps et ses projets » pour ne pas participer de l'espoir (et du désespoir) et permettre à ses patientes de faire un pas de côté par rapport à l'attente de tomber enceintes.
Son cadre est fait d'un temps de parole et de mise en situation corporelle. Elle peut recevoir les patientes en individuel, petit groupe et parfois en couple.
Sabine possède dans sa boîte de nombreux outils : travail sur l'axe, sur la régulation tonique (Feldenkreis, Eutonie), sur les manifestations émotionnelles (relaxation, empaquetage, mise en trace par la terre, le dessin), sur l'espace (conscience de la proxémie), sur la relation au corps de l'autre (se poser, s'opposer, défendre son territoire), sur le schéma corporel , la prise de conscience de la cage thoracique et du bassin (mouvements, cycles, rythmes), sur la créativité (danse, travail vocal, peinture).
Elle peut utiliser des planches anatomiques, des images pour aider à se faire des repères avant qu'au fil du temps, le travail s'affine et aille vers un schéma corporel plus intime.
Depuis peu, elle a rajouté l'hypnose dans sa boîte à outils.

Toutes ces expériences corporelles visent à proposer un temps pour soi, pour s'accepter, rire, à ces femmes qui se trouvent dans une période de discontinuité de leurs différentes identités (elle, la petite fille en elle, la femme, la femme de).
Sabine nous rappelle encore que pour ces femmes, c'est déjà tout un programme de s'occuper de soi et le parcours de l'infertilité est souvent celui du combattant.
L'article qu'elle nous a proposé en lecture permet de se rendre compte de toutes les étapes allant du traitement de stimulation ovarienne, à la réimplantation des embryons pour la FIV, en passant par l’insémination artificielle. Avec humour, et il en faut bien, Sabine nous refait le parcours.

Cela donnera lieu à des premiers échanges avec les participants du café :
Des questions/échanges sur le nombre de FIV autorisées en France (4 remboursées jusqu'au 43ème anniversaire seulement).
Des questions sur les consultations des hommes infertiles, qui auraient moins besoin d'aller voir quelqu'un.
Des questions sur la législation qui cadre la PMA et les éthiques des lieux de soins qui prônent de plus en plus la réimplantation d'un seul embryon.
Les échanges seront multiples sur les procédés de la PMA, la GPA, l'éthique, la législation, le cadre de soin psychomoteur, l'élite des gynécologues (« ceux qui donnent la vie ») et leurs idéaux de réussite, le gros travail de Sabine quand elle s'est installée pour aller à la rencontre des gynécologues et se faire connaître et reconnaître...

Le temps file et Sabine passe à la clinique d'une de ces patientes, qu'elle nomme Annabelle.
Annabelle arrive au cabinet. C'est  une collègue de collègue.
Elle a déjà eu des traitements de stimulation ovarienne et des FIV.
Elle veut « mettre un coup de pied dans la fourmilière mais pas dans son entourage ».
Sabine comprend assez vite qu'Annabelle prend beaucoup de choses en charge. Elle décrit des sentiments de peur et de dégoût dans sa sexualité et fait des demandes paradoxales à son conjoint.
Elle a une représentation : la maternité lui est essentielle pour se sentir femme.
Sabine parcoure avec nous son carnet de notes des différentes et nombreuses expérimentations qu'elle aura proposées à Annabelle.
On est plongés au cœur du travail psychomoteur :
*travail sur le tonus, des exercices sophrodynamiques, auto-massages
*situations de relaxation/régression pour qu'elle puisse se laisser aller à être dans les mains de l'autre
*travail du bassin (l'horloge de Feldenkreis)
A ce moment là de la thérapie, la question du dégoût dans la sexualité se parle et Annabelle associe avec un petit garçon dont la sœur était morte et dont la mère  était la nounou d'Annabelle.
Elle parle à Sabine d'un trouble qu'elle ressent dans son corps quand elle recroise maintenant cet homme (le petit garçon de son souvenir).
Sabine propose alors un travail qu'elle qualifie avec nous de plus théorique sur les mécanismes de défense, l'analyse transactionnelle, la communication non violente pour fournir à Annabelle des appuis pour élaborer et des aides pour formuler avec moins de virulence ses ressentis à son entourage.
*la colère peut arriver dans les séances et le travail corporel s'oriente sur la défense du territoire.
On voit bien dans la présentation de Sabine qu'elle essaie de rencontrer cette patiente par des aspects bien différents et qu'elle lui fait des propositions au plus près de ce qu'elle perçoit.
Jusqu'à un travail « de fin de thérapie » qui consiste, à l'aide de l'image des pourcentages de proposer un exercice corporel où Sabine s'occupe d'Annabelle à 100%, puis elles sont à 50/50 pour arriver à « tu n'as plus besoin de moi ».
Le travail d'hypnose qui clôture la thérapie sera une sphère contenant tout ce qui aura été travaillé.
Dans toute cette histoire Annabelle sera tombée enceinte, aura fait une fausse couche, sera allée se faire implanter en Espagne ce qui n'aura pas fonctionné.

Nous n'aurons pas le temps pour une deuxième situation clinique afin de permettre des échanges et réflexions avec les participants.
Je dis à Sabine que tout ce qu'elle évoque me fait penser à une transmission du féminin, par le jeu de l'identification.
Emmanuelle met en avant l'impression d'une parole qui vient se découvrir et Sabine de souligner l'articulation entre s'éprouver, se ressentir et se penser.
Cécile pointe qu'à cette thématique de la fertilité est associée celle de la sexualité et que ça n'est probablement pas si simple de venir bousculer ces défenses là quand, dans le fantasme, c'est le corps médical qui viendrait enfanter le corps de ces femmes.
Sabine nous dit aussi que pendant sa thérapie psychomotrice, Annabelle a aussi quitté son travail de secrétaire médicale, qui la faisait se sentir le larbin de l'autre, pour entamer une formation de management. Elle est devenue le bras droit d'un associé, mobilisant une part plus active, moins subie et plus forte d'elle.
La place de la créativité pour sublimer, transformer est aussi reprise par une participante dont je n'ai pas le prénom (pardon). Sabine précise que cela n'est pas énoncé car ces femmes sont souvent déjà beaucoup blessées par des images, des métaphores sur la création du genre « c'est ton bébé cette maison »
Martin se dit impressionné par la description de Sabine de son travail de psychomotricité. Il la questionne sur l'aspect psychothérapique de son approche et sur les réaménagements des défenses qui amèneraient les patientes à agir, à changer des choses dans leur vie.
Une conflictualité saine s'ouvre dans nos échanges entre ce qui est mobilisé en thérapie et ce que le patient décidera d'en faire qui ne nous appartient pas.
Sabine rappelle que c'est inscrit d'emblée dans son cadre « vous venez faire une thérapie psychomotrice ». « Il y a donc à contenir et à garder la tête tiède ».

Un grand merci à Sabine pour la qualité de son intervention, au « Comptoir de Béline » pour son soutien et sa curiosité pour notre soirée et nos échanges, ainsi qu'à tous les participant-e-s.


Natacha Vignon pour l'ARRCP

mercredi 16 janvier 2019

Café Psychomot' - Mardi 5 février 2019 - 19h45


Pour ce deuxième Café Psychomot’ de la saison sur le thème du féminin en psychomotricité, nous accueillons Sabine Fritis Arcaya, qui nous parlera de sa clinique en libéral, auprès de femmes en difficulté pour devenir mères.

Nous vous attendons donc mardi 5 février à 19h45 au Café de la Cloche
4 rue de la Charité 69002 Lyon.

Lors de votre inscription, nous pourrons vous envoyer le texte « Entre Filiations et Perspectives - Difficultés de fertilité et psychomotricité », d’Anne-Marie Salamin Marard, que Sabine nous conseille comme support à la réflexion.

Nous vous invitons à bien vous pré-inscrire par mail à arrcplyon@gmail.com avant le 1er février dernier délai. En effet les places sont limitées !

Sur place, nous vous demandons de prendre une consommation (payée au bar) et de vous acquitter des 5€ de participation auprès de notre trésorier.

En attendant de vous retrouver nombreux, nous vous souhaitons une belle année, riche de partage, d’échanges et de créativité.

Pour l'ARRCP, 
Natacha Vignon et Lison Gilardot

vendredi 4 janvier 2019

Un aperçu du Café Psychomot' du 6 Novembre 2018


            
                   C'est Céline Alcaraz que nous accueillons pour ce premier Café Psychomot ' de la saison autour du thème du féminin en psychomotricité. Céline travaille dans une unité de périnatalité au sein de l'HFME, elle exerce aussi en service de pédopsychiatrie et est formatrice à l'école de psychomotricité de Lyon. Elle est également diplômée de la Tavistock Clinic (observation Ester Bick).
            Céline commence son intervention en nous expliquant comment elle a préparé cette intervention. Elle qui travaille auprès des bébés, a été un peu prise au dépourvu lorsque nous lui avons proposé d'évoquer la question du féminin et du maternel. Elle s'est alors questionnée de façon plus imagée sur son travail avec les patientes, elle pense à quelques-unes mais celles-ci ne lui évoquent pas vraiment la question du féminin. Elle décide alors de prendre l'axe du maternel. Pour cela elle part du couple qui est soutien des fonctions maternelle et paternelle, il est aussi l'articulation entre l'érotique, le narcissique et le parental. La bi-parentalité psychique est intériorisée dans les appuis corporels et toniques que sont les appuis parentaux. Le père représenterait les appuis toniques alors que la mère serait plutôt un appui malléable et contenant.
            Céline évoque ensuite la question du féminin infantile qui serait de s'en remettre à l'autre. Elle nous parle de la « dette de vie », concept développé par Bydowski. La femme aurait une dette envers le monde qui serait de donner la vie comme sa mère avant elle. L'image qui nous vient lorsque l'on parle du maternel, de la maternité est celle du soin et de la tendresse. Ces deux concepts de la dette de vie et du maternel ne sont pas toujours simples à dépasser pour les femmes, nouvellement mamans, que Céline rencontre dans sa pratique.


            Céline nous fait ensuite part de deux vignettes cliniques vécues au sein de son unité de suite de couche de l'HFME. C'est une unité de quatre lits dans laquelle sont accueillies des femmes connues du service pour diverses raisons : troubles psychiques, accidents de vie, trauma périnataux, troubles anxieux... L'équipe à laquelle elle appartient est une équipe pluridisciplinaire composée notamment d'infirmières qui travaillent parallèlement en pédopsychiatrie.
            Céline mène des ateliers en binôme, notamment un atelier Peau à peau en présence dans lequel il est question de faire un lien sensoriel entre la mère et son enfant pour qu'elle le ressente comme étant le sien. Cet atelier est le lieu de l'expression des premiers ressentis et d'un nourrissage proprioceptif pour la mère. Les soignantes qui interviennent portent une attention très particulière à leurs sensations propres. Céline nous interpelle aussi sur la vision qu'elle a dans ces ateliers des corps dénudés des patientes qu'elle rencontre. Elle nous explique que le corps dénudé d'une mère n'est pas le même que celui d'une femme, les enjeux et les positionnements ne sont pas les mêmes. Ces distinctions sont parfois très difficiles face aux femmes qu'elle rencontre.

            Pablo : Mme E a 42 deux ans et est primipare. La grand-mère de Pablo est décrite comme étant tyrannique. Lorsque Céline arrive dans la chambre, le bain de Pablo a déjà eu lieu, elle ne sait pas trop quoi faire, elle se sent comme « un chien dans un jeu de quille ». Mme E lui dit « vous venez pour le bib' ». Elle vient effectivement accompagner un temps de nourrissage pour Pablo qui ne parvient pas à prendre ses biberons. Céline passe un moment à chercher Pablo, elle se prend les pieds dans les chaussures de Mme. Elle nous explique que le corps de Mme est tout en angles, elle est très mince et n'a aucun mouvement de rotation. Mme dit que son bébé lui prend trop de temps, qu'elle souhaiterait rentrer chez elle. Finalement Céline s’aperçoit que Pablo dort dans son berceau. Mme E lui dit qu'elle ne comprend pas pourquoi il n'arrive pas à téter, il pousse la tétine du bout de sa langue.
Mme s'installe pour donner le biberon à Pablo, Céline propose de mettre un coussin autour de Mme et de son bébé et se place derrière eux. Pablo, contenu dans cette installation, met sa bouche correctement autour de la tétine et parvient à faire succion. Mme dit à Céline « c'est un champion ! » ce à quoi Céline répond « vous êtes une championne ! ».
            Julien : Mme J a 37 ans et est aussi primipare. Céline est présente pour le premier bain de Julien, il n'a qu'un jour de vie. Céline nous décrit Mme comme étant « poussiéreuse » et ayant des questions éducatives logorrhéiques. Elle nous explique que Mme semble avoir peur de son bébé, quand il bouge, Mme crie et fait un bond d'un mètre. Céline nous décrit un méli-mélo entre sa collègue et elle. Elles ne savent pas où se mettre ni comment s'organiser. Pendant ce temps, Julien se désorganise de plus en plus. Ça devient pire encore lorsque Mme le met dans l'eau. Céline vient alors se placer derrière Mme pour soutenir ses bras qui portent Julien. Elles font ainsi un bain à quatre mains. Julien s'apaise et finit même par s'endormir à la suite du bain. Dans ce premier temps de bain, l'idée est que la mère fasse sien cet autre, qu'elle l'éprouve dans un registre sensorimoteur.
Mme a un manque d'étayage maternel, sa mère est décrite comme froide et distante.
A J11, Céline revient pour un bain allongé. Elle chante, Julien se détend, sa maman peut dire qu'il a l'air bien et elle semble bercée elle aussi. Quelques jours plus tard, Céline apprend que suite à ce bain, Mme est allée chercher un livre de comptine à la bibliothèque de la maternité.

            L'objectif de ces accompagnements est de passer par le sensorimoteur pour atteindre l'infantile de la mère et arriver jusqu'au bébé. Cette triangulation est nécessaire pour que la mère reconnaisse l'enfant comme étant le sien.
Céline fait le parallèle entre sa pratique et le mythe du Minotaure. Celui-ci est issu d'un refus de son père (Minos) d'honorer une dette. Minos décide de refouler cette faute en enfermant le Minotaure dans un labyrinthe et en lui envoyant tous les ans des jeunes gens pour qu'il s'en nourrisse. Ariane aide Persée, envoyée pour affronter le Minotaure, en lui donnant une bobine de fil pour qu'il retrouve son chemin. Cette bobine serait la symbolisation de la mémoire et une aide psychique pour vaincre le monstre.

Céline termine sa présentation par un diaporama d'images de tableaux de femmes, mères et scènes de nourrissage ramenant la question dans la représentation artistique : la femme et la mère.

            Natacha ouvre la discussion en nous disant que l'image qui lui vient suite à cette présentation est celle de la « sage-femme ». Céline est un représentant maternel qui transmet et enveloppe, elle donne naissance à la mère, accouche ses pensées et ses émotions.
Odile a eu plein de pensées au cours de cette présentation, notamment que Céline nous avait beaucoup parlé des mamans et que l'on aurait presque pu oublier les bébés, elle a donc bien relevé le challenge que nous lui avions donné !
Emmanuelle explique qu'elle a apprécié que nous avancions petit à petit dans la recherche du bébé. Elle note la délicatesse de l'entrée en matière de Céline avant d'aller dans le lien corporel à la mère.

Odile se demande comment Céline relate ses observations à la mère, que lui dit-elle ? Céline a pour objectif le bébé, son développement psychomoteur mais pour tendre à ça, elle doit passer par le corps de la mère, sa mise en forme par les émotions transférentielles.

Dorothée nous parle ensuite des liens qu'elle a pu faire entre la présentation de Céline et un soin mère/enfant qu'elle accompagnait en balnéothérapie. Elle nous évoque un enfant autiste et sa mère à qui elle a proposé de bercer son enfant dans l'eau. La mère ne sachant pas bien comment s'y prendre, se tenait à distance et a eu besoin que Dorothée vienne se placer derrière elle pour la soutenir à porter son enfant. Céline nous explique que les mères qu'elle rencontre n'ont que peu éprouver le dialogue tonique avec leur propre mère et que l'éveil sensoriel au contact de leur bébé n'est alors pas toujours accessible d'emblée. Elles ont elles aussi parfois besoin de cet accompagnement « gigogne » pour y avoir accès.

Sabine revient sur le « vous êtes une championne » que Céline retourne à la maman quand elle s'émerveille des capacités de son bébé. Elle valorise ainsi la mère en appui sur les compétences de son enfant. Pour Céline c'est l'observation attentive, avec une certaine lenteur que génère l'observation selon E. Bick, qui permet la valorisation et l’emboîtement dans les accompagnements.

Lyla se questionne sur l'arrivée des mères dans ce service, qui les adresse ? Les mères sont adressées par l'obstétricien ou les sages-femmes qu'elles voient en consultation à l'HFME. Les pédopsychiatres voient les mères en consultations anté-natales. Céline, elle, arrive après la naissance et se fait porte-parole du bébé. Les plus âgés qu'elle rencontre ont une vingtaine de jour mais la moyenne est de 10-12 jours.

Mélanie évoque son expérience de stage en unité mère-bébé. Elle n'avait pas été accompagnée par une psychomotricienne et avait été confrontée à la violence dans le lien entre les mères et leurs bébés. Quelle suite est ici pensée ? Comment ça se passe quand l'accompagnement s'arrête ? Céline intervient dans le post-couche immédiat, les bébés ont parfois moins de 2h. Elle doit renoncer à travailler les interactions précoces en profondeur mais elle doit faire en sorte que la femme qu'elle accompagne se sente mère de CE bébé là. Elle sème quelque chose qui aura le temps de germer par la suite. Elle a aussi un temps de consultation une matinée par semaine pendant lequel elle reçoit, à distance, les mères, les parents et leur bébé. Elle peut les recevoir seule ou en co-consultation. Ces rencontres ont lieu 2 à 3 mois après le départ de la maternité mais il arrive que par la suite l'équipe pense à des orientations de soin.

Marie s'interroge sur la place des pères dans tout ça. Céline répond que pour faire un bébé il est nécessaire qu'il y ait un autre mais que la fonction paternelle n'est pas obligatoirement tenue par le père, l'homme. Céline voit souvent les femmes seules mais parfois il faut passer par le père pour accéder à la mère et avoir ensuite accès au bébé.

Lyla rebondit en expliquant que ce que Céline décrit du bain allongé est très féminin et se questionne sur le fait que les papas puissent s'y retrouver. Céline explique que dans cet accompagnement, les parents et les soignants sont plus dans l'observation que dans la transmission de savoir et dans la co-parentalité. Les parents peuvent s'émerveiller des compétences de leur enfant.

Natacha nous évoque par la suite le cas d'une patiente qu'elle rencontre au CMP adulte. C'est une femme qu'elle rencontre lorsqu'elle vient d'avoir son bébé. Ses deux enfants sont tous deux placés. La patiente explique que lorsqu'elle a accouché de sa deuxième fille, elle a eu la sensation de perdre également ses jambes. Elle fait l'hypothèse que cette femme a besoin de la rencontrer dans ces périodes là car elle a besoin de prendre appuis sur elle pour restaurer sa posture de femme, elle trouve en elle un double, du même qui peut l'étayer dans son féminin. Elle qui se « remplit » pour vivre son féminin, à travers ses grossesses, voit à chaque fois ses bébés placés. Céline parle de certaines patientes qui ont des référentiels féminins phalliques, des mères en position surmoïque, ce qui a pour conséquence un féminin exprimé sur un versant séducteur qui ne peut parfois pas laisser la place à un féminin maternel.

Mathieu reprend la question du double, lui rencontre énormément de papas au sein de son poste en CMP. Ce sont eux qui accompagnent leurs enfants à leurs séances et plus rarement les mamans.

            Ce café a été très riche en apports théoriques et cliniques mais aussi en échanges. Nous avons pu voir à quel point la question du féminin, de la maternité, de l'émergence de la relation a pu mettre au travail la pensée de chacun. Pour continuer dans notre réflexion, nous vous proposons de nous retrouver le 5 février 2019, toujours au café de la cloche mais en compagnie de Sabine FRITIS -ARCAYAS avec qui nous parlerons de sa clinique auprès de femmes en difficulté dans leur tentative de grossesse qui ne parviennent pas à faire des enfants.
           
            Nous vous souhaitons une très bonne fin d'année à toutes et tous et de bonnes fêtes. 
A très vite.

Pour l'ARRCP,
Natacha Vignon et Lison Gilardot



mercredi 10 octobre 2018

Café Psychomot' - Mardi 6 novembre 2018 - 19h45


            
C’est autour de Céline Alcaraz, Mardi 6 novembre, que nous ouvrons la saison 2018-2019 sur le thème du « Féminin en psychomotricité »
Céline partagera avec nous sa réflexion et ses questionnements sur notre thème,  à partir de sa clinique en périnatalité, auprès de patientes femmes. Devenues mères, elles sont aux prises avec une difficulté de reconnaissance de cette identité et l’accordage avec leur bébé. 
En lecture de support, Céline nous propose le texte de Pierre Delion « L’observation du bébé selon Esther Bick », Eres « Enfance et psy » n°25 (version consultable gratuitement sur le site du CAIRN).

Nos rencontres se déroulent cette année encore au café de la Cloche et les horaires restent les mêmes. Nous vous accueillons à 19h45 afin que l’échange commence à 20h jusqu’à 21h45.

Nous vous demandons de bien vous préinscrire par mail à  arrcplyon@gmail.com avant le 2 novembre 2018, dernier délai. En effet les places sont limitées !
Sur place, nous vous demandons de prendre une consommation  (payée au bar) et de vous acquitter des 5€ de participation auprès de notre trésorier. Il est aussi possible d’adhérer à l’ARRCP, l’adhésion coûte 20€ et donne accès, gratuitement, aux trois cafés psychomot’ (n’oubliez pas de vous préinscrire !).

Au plaisir de vous retrouver tous le 6 novembre à 19h45, passez de belles JA (pour les chanceux) et un bon mois d'octobre !


Pour l'ARRCP,
Natacha Vignon et Lison Gilardot


lundi 10 septembre 2018

Les Cafés Psychomot' Saison 2018/2019



C'est la rentrée, nous espérons que l’été s’est bien passé ! De notre côté, les cafés psychomot se préparent pour cette nouvelle saison 2018-2019 autour du thème central suivant : la question du féminin en psychomotricité.
Nous déclinerons cette question tout au long de l'année avec trois dates que vous pouvez d'ores et déjà retenir:

* le mardi 6 novembre 2018 en commençant par l'intervention de Céline Alcaraz et de son expérience auprès de patientes femmes, devenues mères, aux prises avec une difficulté de reconnaissance de cette identité et l’accordage avec leur bébé.

* Le mardi 5 février 2019 avec Sabine Fritis Arcaya, qui nous parlera de sa clinique en libéral auprès de femmes souffrant d'empêchements à devenir mères.

* Le mardi 9 avril 2019 avec Odile Gaucher et son travail avec des adolescentes anorexiques en mal de devenir femmes.

Nos rencontres se déroulerons cette année encore au café de la Cloche, 4 rue de la Charité, Lyon 2ème, et les horaires restent les mêmes. 

Nous vous accueillons à 19h45 afin que l’échange commence à 20h jusqu’à 21h45. 
Pas de changement non plus en ce qui concerne les inscriptions, nous vous demandons de bien vous préinscrire par mail à arrcplyon@gmail.com  une fois que l’annonce du café et ses lectures de référence vous est transmise (un mois avant environ).
Sur place, nous vous demandons de prendre une consommation  (payée au bar) et de vous acquitter des 5€ de participation auprès de notre trésorier. Il est aussi possible d’adhérer à l’ARRCP, l’adhésion coûte 20€ et donne accès, gratuitement, aux trois cafés psychomot’ (n’oubliez pas de vous préinscrire !).

Espérant vous retrouver, reposés, nombreux et curieux lors de ces temps d'échanges et de partage, au café de la Cloche, nous vous souhaitons une bonne rentrée à toutes et à tous.


Natacha Vignon et Lison Gilardot pour l'ARRCP

vendredi 8 juin 2018

Un aperçu du Café Psychomot' du 24 avril 2018


C'est dans une chaleur quasi estivale que nous nous retrouvons pour ce dernier café psychomot' de la saison sur le thème «  La psychomotricité hors des sentiers battus ».
Fabien Da Rosa vient nous parler de sa clinique, en bordure ou au cœur d'une enceinte, auprès de jeunes accueillis en Centre Educatif Renforcé et qu'il reçoit pour des bilans psychomoteurs uniquement.

Fabien nous raconte son parcours professionnel de psychomotricien en pouponnière et lieu d'accueil de placement judiciaire pour enfants de 0 à 3 ans et en ITEP. Il évoque son étroite collaboration avec Maurice Berger. La réorganisation du CHU dans lequel il travaille avec M. Berger le conduit, dans « un instinct de survie », nous dit-il à s'installer en libéral. C'est dans le cadre de sa pratique en libéral qu'il intervient, en tant que prestataire, une fois par semaine le samedi dans ce CER, qui s'engage financièrement dans les évaluations psychomotrices des jeunes.

Fabien nous précise son cadre d'intervention : un bilan psychomoteur pour faire un état des lieux des compétences et des souffrances des enfants et la transmission à l'équipe pour étayer leur compréhension de l'enfant.
Les enfants, adolescents reçus au CER y sont placés sur décision d'un juge, comme une alternative à la  prison pour mineur ou pour alléger leur peine à leur devenir adulte. Ce placement se fait pour une durée de 6 mois. Plus tard dans la soirée, Fabien interrogera cette temporalité en évoquant un idéal de 9 mois, symbolique, comme une grossesse à refaire et une nouvelle naissance, à la sortie ?
Le CER, cette grande bâtisse, entourée de hauts murs, dotée d'une piscine, d'un poulailler pourrait donner l'image d'une maison campagnarde. La hauteur des murs, ainsi que la fermeture des portes par un code nous rappelle bien que nous sommes dans une enceinte judiciaire et éducative.

Fabien choisit de nous présenter Michel, 17 ans. Il nous le décrit comme « pressé, impatient, impulsif, agressif avec lequel il ne faudrait pas se laisser envahir et qui met la pression ».
Le face à face est difficile et le regard de Fabien souvent de côté pour faciliter la relation.
Fabien nous rappelle aussi combien il convoque le tiers, ostéopathe, pour porter la question du soin du corps, de la douleur physique et faire alliance avec ces jeunes.
Michel va d'ailleurs évoquer dans différents entretiens une fracture au bras gauche avec une alternance dans son vécu entre « c'est ma faute » et « c'est la faute des autres ». Il semble avoir un vécu traumatique de cet accident et cela viendrait peut-être bien en lieu et place d'une histoire infantile traumatique sur laquelle nous reviendrons plus tard. Fabien faisant le choix de ne pas connaître nécessairement l'histoire de ses patients quand il les rencontre.

Il va nous présenter en détail deux tests échelonnés qu'il utilise précisément pour rechercher les troubles du schéma corporel :
        le test de Claire Merjac qui permet d'obtenir un âge du développement du schéma corporel
        le test sur les représentations corporelles d'Olivier Moyano.
Et également le MABC d'évaluation du mouvement.
Ces tests précis sont importants pour Fabien pour tenter de dire quelque chose de l'investissement du schéma corporel de ses patients.
Au test de Moyano, Michel répond à la question sur les parties de l'intérieur du corps en évoquant les os. Concernant les parties visibles de l’extérieur, il ne parlera pas du visage ni de ses orifices.
Fabien nous amène ensuite les planches du test de C. Merjac afin de nous faire suivre avec lui les résultats de son patient.
Lors de la passation de cette épreuve, Michel vivra des moments de régression se recroquevillant et prenant son pouce (rappelons qu'il a 17 ans) ce qui permettra à Fabien de se dégager d'un contre transfert difficile avec ce patient.
Le test donnera comme résultat un âge de construction du schéma corporel de 8 ans et 9 mois.

L'anamnèse rapporte que Michel est d'origine étrangère et que son père était absent à la naissance (il vivait en France). Il serait né par césarienne car le cordon ombilical entourait son cou. Une séparation précoce a lieu entre sa mère et lui, bébé hospitalisé en néonatalogie et sa mère, hospitalisée également. Fabien questionne d'emblée les effets de cette séparation sur l'attachement et les traces que Michel aurait pu en garder.
La mère se rapproche du père et déménage en France, Michel a alors 2 ans et demi. Elle découvre à ce moment-là le secret de la double vie que mène le père de Michel. Fabien se questionne sur le sens de la naissance de cet enfant pour ce couple, pour ce père.
Michel est décrit très tôt comme instable, hyperactif ce qui a entrainé un suivi dans un CMP, puis une orientation en ITEP. Il consomme régulièrement du cannabis, arrête l'école et ses troubles du comportement et son agressivité se majorent. Un passage à l'acte violent envers autrui le conduit au placement judiciaire au CER.

Fabien élabore un lien entre le passage à l'acte et une culpabilité primaire qui pousse à transgresser la loi pour pouvoir la soulager « être vraiment puni pour de vrai ». A qui revient la faute ? Nous dit Fabien. Aux parents ? À la société ?
En tout cas Fabien émet l'hypothèse que faire travailler Michel sur toutes les culpabilités pourrait lui permettre de se soulager de la culpabilité primaire et c'est le travail que tentera de faire le CER avec lui.

Fabien nous relit des extraits de l'article de Maurice Berger, donné en lecture pour ce café, qui cite l'article 371 du code civil  « L'enfant doit honneur et respect à ses pères et mères »
et l'article 227-17 du code Pénal « Le fait, par le père ou la mère, de se soustraire, sans motif légitime, à ses obligations légales au point de compromettre la santé, la sécurité, la moralité ou l'éducation de son enfant mineur est puni de deux ans d'emprisonnement et de 30000 euros d'amende », ceci nous amenant à saisir fortement que les processus ne sont pas de même nature : l'un étant par principe et l'autre par obligation.

Par rapport au texte de Mélisandre le Corre, également donné en lecture, Fabien se positionne en rappelant que l'histoire de vie du patient dont nous parle l'auteure fabrique de la folie et de la violence alors que l'auteure parle d'une institution qui fabriquerait cela.

Néanmoins Fabien doit s'appuyer sur d'autres représentations du patient pour pousser l'investigation du SC. Les jeunes ont tendance à résister à la levée du déni sur la violence parentale, familiale. Il nous dit que ce qui fait souffrir c'est quand l'institution propose un cadre sain, dans lequel la loi est suivie et où l'on ne fait pas comme si rien ne s'était passé.
Maurice Berger dans son article parle de cette loi, comme symbolique, structurante et organisatrice.

Fabien rappelle que son bilan sert :
                     A reprendre des éléments avec l'enfant et ce qui est nommé de la souffrance. Il précise souvent à ses patients que quand des troubles du schéma corporel sont présents c'est qu'il y a eu des choses difficiles de vécues.
                    À la reconnaissance du jeune par les autres professionnels car Fabien apporte des éléments qui permettent d'affiner la compréhension en transmettant ses préoccupations. Cela agirait comme un partage des préoccupations parentales.
                    L'écrit qui insiste souvent sur l'existence d'un trouble du SC, car pour Fabien, il est la manifestation de violence ou de la négligence parentale.

Fabien fait un lien sur le schéma corporel et comme il nous dit « ces gosses tout cassés, blessés, douloureux, qui chutent et se malmènent » et dont la banalité de ce rapport au corps participe d'un déni.
Cette hypothèse du lien trouble du schéma corporel-violence est soutenue par M. Berger et peut avoir du poids lors du jugement et face à des parents car cela lève l'idée que « ça n'est pas parce que ça ne se voit pas, que ça n'a pas existé ».

...Revenons à Michel , qui dans son programme de soin aura de la remise en forme comme endroit de la préoccupation de prendre soin de soi et des soins psychothérapiques avec psychologue et psychiatres....

Fabien nous propose sa compréhension du texte de M. Berger qui oppose la violence thérapeutique organisatrice et la violence désorganisatrice.
Dans le cas de la violence organisatrice, il y aurait à limiter, contraindre par l'autorité, non sans culpabilité et c'est souvent ce que peuvent vivre les professionnels dans les institutions. Être tenu et être contenu seraient deux facettes du holding de Winnicott sur lesquelles insistent M. Berger dans son texte : je cite « on comprend que dans les soins, l'éducation et la rencontre avec la justice, ne pas être contenu puisse être vécu comme un lâchage, un non investissement. Contenir renvoie à deux notions : la limite, qui concerne la bordure, la ligne de démarcation entre deux territoires, et qui peut avoir une dimension subjective ; et l’interdit, inter-dit, qui consiste à défendre, souvent en référence à une contrainte sociale ou législative ».
Dans le cadre de cette violence-ci, Fabien, avec son cadre ferme et contraignant de bilan, tente de mettre en évidence l'importance des troubles du schéma corporel comme un témoin des liens, des articulations et des structurations du sujet.

A son opposé la violence désorganisatrice est celle, nous dit M. Berger, qui repose sur des processus d'indifférenciation et signe de confusion et de désubjectivation de l'autre. La problématique de la violence pathologique serait à penser en termes de « construction de l'espace et du temps interne et de la construction des enveloppes. Les bilans montrent des altérations du schéma corporel ».
On comprend ainsi les enjeux défendus par Berger du placement des enfants comme moyen , pour construire dans un autre cadre que celui de la famille, une violence organisatrice, différenciatrice, posant des limites entre adulte et enfant.

Avant de commencer la discussion et parce que Chronos (alias Odile!) représentant du temps fait limite aussi, Fabien nous rappellera à nous autres psychomotriciens souvent engagés dans des jeux, que la destructivité naturelle est nécessaire pour exister et que si un enfant joue seul et met trop le bazar, c'est qu'il a besoin de jouer avec quelqu'un.

Notre discussion démarre par des questions sur le bilan que propose Fabien, qui nous explique que souvent les jeunes lui répondent « je veux pas le faire ».Il s'en suit alors un rappel à une règle commune « si, tu es obligé, c'est systématique, ainsi que pour moi ». Cela participerait pour lui d'un travail d'identification sur la soumission à la règle.

Je souris en entendant Fabien nous parler de la place de l'arbitre au foot alors que, sur l'écran allumé du café de la cloche, Liverpool joue contre Rome. Cette métaphore de l'arbitre qui fait respecter la loi, mais peut aussi faire des erreurs appuie son propos sur le rappel que ce sont des humains. Pense-t-il aux parents ? Aux professionnels de ces institutions ? Au juge ?

Odile questionne Fabien sur ce qu'il a entendu sur les 6 mois d'un jeune passé au CER. Il nous rappelle qu'il choisit d'être neuf quand il rencontre l'enfant et se réfère à M. Berger qui dit que le fond doit être continu, stable et fait d'un amour inconditionnel pour contenir les débordements pulsionnels. Cela fait réagir Odile, cette notion d'amour inconditionnel serait à nuancer selon elle, quand elle pense à ses patients.

Aurélie questionne Fabien sur la durée du bilan et le temps de transmission, ce qui lui permet de préciser son cadre.
Un samedi par semaine, deux bilans le matin et deux l'après-midi (chaque bilan durant 1h30). L'anamnèse n'est pas incluse dans le temps du bilan. Pendant le temps de midi, il mange avec les jeunes, rencontre les assistants familiaux qui sont à l'écoute, comprennent bien les observations qu'il leur transmet.
Le compte rendu est envoyé dans les 15 jours, 3 semaines et Fabien le vit comme un passage de relais vers ceux qui seront dans le soin.
12 jeunes sont reçus en bilan. Il facture pour chaque jeune 120 euros. La capacité économique du CER ne permet pas d'assurer des suivis par la suite. C'est donc une limite avec laquelle Fabien a dû composer le cadre de ses interventions.

Véronique exprime l'idée qu'il est dommage qu'un bilan de sortie ne puisse être réalisé à l'issue des 6 mois du CER.

Aurélie (que nous avions écoutée lors du premier café psychomot' de cette saison) fait le lien avec sa clinique, auprès de personnes âgées au parcours SDF ou psychiatriques lourds et l'importance de la trace comme preuve d'existence. Si pour Fabien, son patient ne peut se représenter l’intérieur de son corps qu'à partir de ses parties osseuses, Aurélie parle de ses patients pour lesquels un lit douillet serait trop douillet et mou pour être sécurisant.
Fabien dit qu'au CER les jeunes qui ne peuvent pas supporter d'être enfermés fuguent. Les passages à l'acte sont alors repris en équipe, notés et remontent aux institutions judiciaires. L'argument éducatif est donc le suivant « si tu passes à l'acte, ça sera inscrit à ton dossier ».
Selon lui, certains jeunes ne peuvent s'en saisir et il repère que les jeunes, dépendant au cannabis et qui, une fois au CER, sont en sevrage, sont alors exposés au risque de se remettre à penser et ne le supportent pas.
Fabien rappelle encore que chaque fois que les éducateurs interviennent, cela a du sens et fait vivre de la violence et parfois de la culpabilité, mais que cette violence est organisatrice.

Denis amène un échange sur la contenante et les contentions avec lesquelles selon lui il faut être prudent. Pour rappel, quelques établissements psychiatriques font actuellement l'objet d'enquête sur les abus de la contention. Mais c'est surtout sur la loi, sa valeur, sa fonction qu'il revient. Il exprime à Fabien combien il trouve intéressant sa position de « contrainte de bilan », dans un lieu où l'enfant est obligé d'être là. Finalement Denis rappelle que l'autorité autorise et ainsi, dans ce temps proposé par Fabien, c'est comme s'ils s'autorisaient, ensemble, à être dans une « espèce d'ailleurs » (rappelons que Fabien vient de l'extérieur). Denis fait le lien avec un groupe thérapeutique à l’hôpital de jour dont la règle est « tu n'as pas le droit de sortir avec tes objets, mais si tu veux tu peux les ranger dans un casier unique pour toi ». Cela crée un espace qui préserve l'intime dans une zone collective, comme l'espace proposé par Fabien.

Martin différencie règle et loi, l'une pouvant être assouplie et singulière, l'autre étant la même pour tous.

La règle du temps nous aura limités dans nos échanges : ainsi peut-être resterons nous avec l'envie d'échanger d'avantage sur les liens amenés par Fabien sur le schéma corporel et l'intégration de la loi, comme un espace dans nos têtes...espace qui nous pousse à continuer à partager, penser, réfléchir.

Un grand grand merci à toi Fabien pour ta présentation riche, les liens entre la clinique avec Michel qui nous a ancré et les appuis sur les auteur(e)s, Mélisandre le Corre (article extrait  du livre l'adolescent, son corps ses « en-jeux » sous la direction de Catherine Potel)et M. Berger, auteur de nombreux ouvrages dont « l'échec de la protection de l'enfance » et « l'enfant instable »
Fabien nous rappelle que l'article et le bilan d'Olivier Moyano sont consultables gratuitement en ligne.
J'ai fait ma petite recherche et ai trouvé le lien suivant :

Ainsi s'achève notre saison 2017-2018 qui aura donné lieu à trois moments très différents, mais singulièrement très riches de ces pratiques de psychomotricité « hors des sentiers battus ».
Odile, Lison et moi allons plancher pendant l'été afin de vous proposer une nouvelle saison.
Si vous avez des idées, des envies, n'hésitez pas à nous contacter par le biais du mail de l'ARRCP : arrcplyon@gmail.com
Nous vous souhaitons un beau printemps, et un bel été, avant de vous retrouver.

Compte rendu rédigé par Natacha Vignon, pour l'ARRCP.